mercredi 17 novembre 2010

¡Salud de Santiago!

Notre dernier message avant de quitter l'Amérique du Sud pour l'Océanie vous provient de Santiago de Chile. Pour nous, ce grand déménagement se fera en trois jours, avec changements de langue, d'heure, de jour et surtout de vols. Bref, un vrai dépaysement dans notre long détour du monde pour nous qui étions maintenant habitués aux villes sud-américaines.
Peu avant d'arriver à Santiago, nous avons refait un crochet vers Valparaíso, pour pouvoir mieux apprécier ce qui en fait, selon les guides et l'UNESCO une ville à part, pour ses couleurs, ses ascenseurs, son architecture, etc. Alors on a joué les vrais touristes. On s'est fait débarquer en haut d'un des cerros ("buttes" qui entourent la ville, pour ceux qui n'auraient pas lu la chronique de la semaine passée) et on a flâné sur dans les rues étroites de la ville. Les couleurs et l'étroitesse des passages rappellent un peu celles du quartier Santa Teresa de Rio de Janeiro. Et sous le soleil, c'était vraiment beau. En plus, alors que dans le bas de la ville il y a des dizaines et des dizaines de chiens abandonnés qui errent en quête d'un ami qui leur donnerait de quoi manger, il y en a beaucoup moins dans les cerros (ces mêmes chiens qui la nuit venue se mettent à tous japer en même temps, se courir après en aboyant et qui la journée venue se couchent en plein milieu des trottoirs ou des rues, qu'il y ait du passage ou pas. De vrais intouchables. Bref, ils nous ont tellement mené la vie dure depuis Puno, au Pérou, qu'on finit par vraiment les avoir en horreur, d'autant plus que leurs puces ont piqué Guillaume et que ça gratte en $)/;("!). Les façades des maisons sont multicolores, peintes en bleu, jaune ou rose, et de petits cafés sont disposés çà et là, rendant l'ambiance bohême. Nous avons aussi ouvert les cordons de notre bourse pour monter dans un des antiques ascenseur en bois qui permet d'atteindre un des cerros. C'est super touristique (même si les guides affirment que les gens les utilisent encore en rentrant de leurs courses. Aujourd'hui, les gens prennent plutôt leur voiture), et le plancher en bois de l'ascenseur permet de voir amplement en dessous tellement il est vieux et usé (les ascenseurs datent tous, selon les guides, de l'époque de leur inauguration, soit début du XXe siècle). Mais, l'autre vraie raison pour laquelle nous sommes allés à "Valpo", c'est pour retourner sur une des places centrales de la ville et y louer des... petites voitures pour enfant. Chacun sur nos autos à pédales, nous avons parcouru de fond en comble la petite place, entourés d'enfants qui voulaient nous dépasser ou nous impressionner sur leur tricyle. Quant aux adultes assis sur les bancs, attendant que leur bambin ait fini son quart d'heure de location, ils nous regardaient jalousement ! Quinze minutes de pur bonheur, à sillonner la place sans casque et à une vitesse hallucinante (pour ce genre de véhicule), à tourner à droite et à gauche sans clignottant. Dans la peau de Ghost Rider, avec une roue en plus...








Le lendemain matin, nous avons quitté Viña del Mar pour Santiago de Chile, sans aucune idée de ce qui nous attendait. Une heure et demie plus tard, nous sommes arrivés dans une ville ensoleillée, chaude et hyper dynamique. Notre hôtel (Green House, dans le quartier de Santa Lucia juste à côté du métro) est tenu par un couple super accueillant, et en plus ce n'est vraiment pas cher. Nous sommes partis tout de suite à la découverte de la capitale chilienne pour trouver nos prochains guides de voyage, car nous n'avions toujours pas celui de l'Australie. Grâce au métro le plus moderne et pratique que nous avons utilisé depuis le début de notre voyage, nous sommes parvenus dans le quartier des librairies (le quartier Providencia, huppé et branché). Là, des librairies, il y en a partout ! Des livres anciens tout poussiéreux (allergiques, n'y entrez pas !), des éditions du Routard 1985, des romans en polonais, de vieilles partitions, de vieux grimoires... c'est le paradis des flâneurs. Mais de notre côté, personne qui veuille échanger son super guide du Lonely Planet contre nos guides utilisés et nos romans tout écornés... Bref, nous avons dû nous rabattre sur l'achat en ligne... On arrive à Vancouver le 19, on repart le 20, et le guide australien doit logiquement nous être livrés là-bas dans cet intervalle. Inutile de préciser qu'on vérifie sur Internet l'état de la livraison.
Afin de mesurer combien Santiago est une grande et très belle ville, nous avons marché jusqu'au cerro San Cristobal, d'où on a la meilleure vue de la ville. Comme à Valparaíso, nous avons dû utiliser un téléphérique pour accéder en haut (on peut marcher, mais les 284 mètres d'ascension se parcourent en six kilomètres). Et là-haut, la vue est vraiment belle. D'un côté, on voit les Andes (en fait, on les devine, y'a tellement de smogs que le blanc de la neige en haut paraît gris), de l'autre le centre-ville, le stade qui abrite l'équipe de foot de Santiago, Colo Colo, les gratte-ciel. Nous avons voulu prendre le deuxième téléphérique qui mène au jardin botanique japonais (question de se mettre dans l'ambiance) mais il est hors d'usage depuis... un an, pour longtemps encore, paraît-il. On peut y aller à pied, mais c'est encore six kilomètres. Alors on est redescendus et avons vadrouillé dans les artères du quartier bohême de Bellavista. Sur la Plaza de Armas, au milieu de laquelle trône une grande fontaine, il faisait si chaud que des enfants y plongeaient et jouaient dedans. À côté, sous une grande tente, des adultes jouent aux échecs les uns à côté des autres. Plus loin, des enfants tirent le bras de leur mère pour faire un tour de poney grandeur nature en peluche !









Ville de football, Santiago de Chile l'est assurément. Outre les deux grands stades qui accueillent les nombreuses équipes de la ville (Colo Colo, Universitad de Chile ou Santiago Wanderers qui sont les plus connues), il est fréquent de voir les gens jouer dans les parcs pendant les heures de pause le midi, arborer des chandails aux noms des joueurs vedette ou écouter des matchs à la télé. Mais la vraie preuve que ce sont de vrais connaisseurs de foot, c'est que des pubs mettant en vedette Zizou, il y en a à de nombreux arrêts de bus !

En métro, nous sommes allés visiter le vignoble Viña Cousiño Macul, situé dans Santiago. On voulait quand même visiter des vignes au Chili, alors on a choisi de le faire en pleine ville. Quand on est dans le métro qui arrive à la station Quilín, on voit toutes les vignes à travers les fenêtres. C'est assez surprenant de voir des vignes en pleine capitale, et celle-ci n'est pas la seule puisque d'autres entourent Santiago. Pour 7000 pesos, nous avons eu droit à une traditionnelle visite des outils de production anciens et nouveaux ainsi que de la cave. Et, pour commencer, le guide a mené notre groupe au pied des vignes, chose que beaucoup de producteurs ne font pas. Bon, il est trop tôt pour que le raisin soit visible, mais nous avons vu les plants de Cabernet Sauvignon et ceux de Riesling n'étaient pas loin. Avec le beau temps et la chaleur, ça donnait des airs de carte postale provençale. Nous avons terminé par la classique dégustation, qui, ma foi, était pas mal bonne.


D'une manière générale, Santiago, ville de laquelle nous n'avions aucune attente, se révèle vraiment plaisante aves ses nombreux parcs aux coins des grandes artères et ses pistes cyclables. Dynamique et enjouée comme Rio (mais la ville brésilienne reste en haut du podium, quand même), très facile à parcourir (plein de bus et de nombreuses ligne de métro et, à pied, les voitures nous cèdent toujours le passage, comme toujours au Chili, chose que nous n'avions encore jamais connue en Amérique du Sud !), la capitale chilienne vaut sans doute plus que les trois jours que nous lui consacrons.

Ce jeudi 18 novembre, nous nous envolons à destination de Sydney depuis Santiago de Chile. À ceux qui enragent de faire un détour quand ils manquent leur sortie d'autoroute, voici ce que nous allons faire en avion ces prochains jours :
Entre Santiago et Sydney, il y a 11364 km. Certains vols parcourent cette distance en environ 18 heures. De notre côté, voici notre programme :
Santiago de Chile - Los Angeles : 8991 km en 14 heures.
Los Angeles - Vancouver : 1736 km en 3 heures.
Vancouver - Hong Kong : 10279 km en 14 heures.
Hong Kong - Sydney : 7378 km en 9 heures
... Soit 28385 km en 40 heures, c'est-à-dire 17021 km de détour (un peu plus que la distance entre Montréal et... Sydney) et 15 heures d'avion en plus (sans compter le temps de correspondance dans les aéroports). Et ça, c'est si aucun avion n'a de retard à un moment donné.

Pour finir, trois apartés :
  • Nous avons remarqué quelque chose d'assez étrange, au Chili, valable pour toute l'Amérique du Sud. Contrairement à ce qui se passe dans l'hémisphère nord, ici, la lune n'est pas menteuse ! En effet, quand elle a la forme d'un "D", elle est bel et bien décroissante et quand elle ressemble à un "C" elle croît... Ça valait le coup d'être mentionné.
  • Retour sur la chanson tellement populaire au Pérou et en Bolivie, Te vas, te vas. Nous en avons parlé assez souvent sur le blog (mais jamais autant que nous l'avons entendue). Elle passait en boucle (on avait le sentiment qu'elle composait à elle seule le répertoire musical de ces deux pays) partout où nous passions (bus, hôtels, restaurants et même dans la rue) et, à Valdivia, au Chili, elle est réapparue et nous avons enfin su qui la chantait. Il s'agit de Grupo 5, un groupe péruvien. Nous avons trouvé le clip qui vaut vraiment le coup d'oeil. À écouter en boucle pour le savourer pleinement...


  • Nous venons de recevoir les photos prises avec Julie et Fred dans les Grandes Salinas, en Argentine, en octobre dernier... 



On se retrouve donc dans une semaine, sur un autre continent ! D'ici-là, ¡Salud!

samedi 13 novembre 2010

La dolce vita à Viña

À Talca, sept heures au nord de Pucón, le tremblement de terre de février dernier a fait des ravages. La deuxième secousse du 28 février, qui a suivi celle de Concepción, a ravagé une grosse partie de la ville. C'est ainsi que, arrivant sur les coups de 22 heures, notre première impression fut à la hauteur des ruines de la ville, à savoir assez déplorable. Le bus nous dépose au terminal, assez excentré du coeur de la ville et de l'hôtel que nous avons repéré. Nous décidons quand même de marcher (on en profite pour s'adonner à cette activité, il ne pleut pas et il fait même bon dehors, mais on a nos enclumes sur le dos), et là, on se rend compte que nous sommes certes loin du centre, mais surtout dans un quartier carrément pas touristique, et même super glauque : vieux clochards quéteux, drogués, putes, etc. Ce qui donne au quartier des bus cette allure nauséabonde, c'est aussi que depuis le tremblement de terre, il n'y a quasiment plus de lumières, dehors. Alors c'est très très sombre et très très sordide la nuit.
Nous revenons donc sur nos pas et nous faisons signe à un "remis", sorte de taxi collectif, moins cher, mais plus long à nous déposer à nos quartiers. Nous montons et indiquons l'adresse où nous voulons aller au chauffeur. Lui et son passager avant discutent de l'adresse que nous venons d'indiquer, et ça a l'air super compliqué de s'y rendre, alors que sur le plan que nous avons, ça semble simplissime. Nous lui donnons l'intersection mais même là, il reste en grande discussion avec son voisin sur la façon d'y aller... Il dépose finalement son passager et nous continuons tous les trois. Derrière, nous nous demandons pourquoi c'est si compliqué, mais bon, nous ne sommes pas chez nous, dans notre ville, il y a sans doute des choses que nous ne savons pas. Et, plus nous roulons, plus nous croisons des maisons, des magasins, des hôtels, des restaurants en ruine. Soit il reste la façade, soit il ne reste rien. Ça ressemble à Bagdad à la télé. À un moment, on demande au chauffeur pourquoi c'est comme ça, et là, il nous raconte le tremblement de terre de février dernier. Après les secousses de Concepción, il y a eu une réplique à Talca. Et une grosse réplique. Le temps que notre pilote nous conte son histoire du tremblement de terre (à la fin de sa vie, il en aura des histoires à raconter. Des tremblements de terre, il y a en eu au cours des dernières années dans le coin !) et nous arrivons devant notre hôtel. Enfin, nous arrivons à l'adresse... Et là, rien. On relit l'adresse dans le guide, et oui, c'est bien la bonne. En guise de bienvenue, là où est censé être la porte d'entrée, on peut lire "DEMOLICIÓN" peint en gros. Julie et le chauffeur vont chacun de leur côté voir si l'entrée n'est pas ailleurs, mais non. Notre hôtel s'est bel et bien cassé la gueule... Tout comme beaucoup d'autres, du reste. En effet, le chauffeur nous laisse à un autre hôtel, bien trop cher pour nous, et, vers 23 heures, nous nous retrouvons dehors, le ventre vide et sans abris. Nous appelons d'autres hôtels pour connaître les prix et avant d'en trouver un, nos autres appels sonnaient dans le vide. Nous saurons après, en leur ayant écrit, que les hôtels ont fermé après le terremoto de l'hiver passé. Finalement, nous trouvons de quoi manger et dormir dans un des quatre derniers hôtels de la ville. Notre chambre est lézardée, signe que là aussi, les murs ont tremblé et se sont fissurés.


Le lendemain, nous prenons le pouls de la ville. Celle-ci est organisée avec des rues qui portent des numéros et certaines d'entre elles sont des demi-rues ! La rue "7 1/2" existe, par exemple.

Talca est belle quand il fait soleil, mais nombre de devantures de magasins sont fermées, beaucoup de maisons ne sont que façade. Ça a laissé des stigmates dans la ville, mais aussi chez les gens. Le lendemain de notre arrivée, nous cognons à la porte d'un hôtel pour trouver une chambre moins chère. Une dame est assise à regarder la télé et se lève pour nous ouvrir. Elle semble fantomatiquement blême, dans des vêtements pâles et tristes. Nous lui demandons si elle a une chambre et elle nous répond, d'une voix éteinte et quasi inaudible, que non, elle ne fait plus hôtel depuis février dernier. Nous repartons, et elle retourne s'assoir devant son poste de télé. Le soir, en repassant devant son bâtiment, nous la voyons assise au même endroit, illuminée par la lumière du tube cathodique. Super glauque, comme vision !
Comble de malchance, ce qui reste d'attraction touristique à Talca (vignes, surtout), est fermé la fin de semaine. Alors après avoir visité la ville fantôme, sa gare détruite, ses maisons sur le point d'être rasées, nous décidons de partir dans les environs de Santiago de Chile, à Viña del Mar. Et là, gros coup de coeur. D'abord, il fait super beau ! Du soleil, du ciel bleu, le Pacifique (c'est la première fois que nous le voyons depuis le début de notre voyage), une ville vraiment belle et coquette. Là aussi il y a eu des tremblements de terre. Et celui de février dernier a juste provoqué un... tsunami dans la ville ! Vu la taille des vagues, pas étonnant. Dans la rue, donc, on voit des panneaux indiquant aux gens où se diriger en cas de vagues énormes. Mais la ville n'a pas de séquelles apparentes. On le sait par ce que nous en ont raconté les gens. Dans la ville voisine de Valparaiso, certains disent que des trottoirs se sont effondrés, s'affaissant d'un mètre par endroits ! Mais on ne l'a pas vu.



Pour revenir à l'océan, il est vraiment déchaîné. Tourmenté comme on aurait aimé le voir dans le sud du pays, au détroit de Magellan. Mais l'eau est bien trop froide. Dommage ! On a quand même vu un gars en wetsuit s'amuser dans les gros rouleaux, mais il était seul et il n'est pas resté longtemps. Autour de lui, volaient d'innombrables mouettes et pélicans. Tous se ruaient sur le sable quand les vagues s'en retiraient pour aller chercher leur repas.



Viña del Mar, surnommée la Ciudad jardin (la ville jardin) offre de nombreux parcs dans et autour de la ville : un grand jardin botanique, une vaste lagune, un parc en pleine ville (le Parque Quinta Vergara avec ses animaux faits en plantes vertes) et même une horloge en fleurs, comme à Ottawa. Nous nous en sommes donné à coeur-joie d'autant qu'il faisait super beau. La ville a aussi un super musée (le musée archéologique Francisco Fonck), repérable grâce à la statue maori à son entrée. Et dedans, on apprend comment réduire des têtes, comme le faisaient les Jivaros. C'est super intéressant et on voit même des mini-têtes... Pour le reste, ce ne sont qu'insectes, larves, serpents, papillons, et animaux empaillés (dont un agneau à deux têtes...), et la visite en vaut le coup.




Côté bouffe, Viña est la capitale des doñas azucar, des viennoiseries fourrée d'une crême pâtissière hyper bonne et qui ne sont vraiment pas chères. Tout le monde en mange. Et pour savoir qui en mange, ce n'est pas compliqué, il suffit de voir si les gens ont des traces de sucre glace sur eux. Le dessus du chausson en est parsemé... Il en existe aussi au chocolat qui sont très bonnes. Bref, une ville pour les dents sucrées !

Quant à Vilparaiso, c'est très pratique de s'y rendre depuis Viña. Plein de colectivos s'y rendent puisque les deux villes se touchent. Viña est la sage et ordonnée banlieue de la bohême et artistique "Valpo". Le colectivo 612 permet de passer par les innombrables cerros (des buttes qui séparent les deux villes et qui entourent aussi Valpo) de Valparaiso et donc de traverser ce qui ressemble à des quartiers plus pauvres. Des toits de toutes les couleurs, des maisons en bois qui menacent de s'écrouler et des rues à pic, voila ce que nous avons vu depuis le petit bus. Quand on est dans le coeur de la ville, en bas, on peut monter sur les cerros grâce à d'antiques ascenseur style Montmartre, en bois et fer, qui donnent l'impression qu'ils vont s'écrouler au moindre coup de vent. Mais bon, ils ont résisté à des tremblements de terre et à des tsunamis, alors ça en dit long sur leur solidité.




Certains objets témoigent du passé du Chili, en particulier de celui sous le règne de Pinochet. On ne voit rien de ceux qui l'ont combattu, mais ceux qui l'ont aimé en gardent des souvenirs. Ainsi, à Ancud, sur l'île de Chiloé, le propriétaire d'un hôtel (un ancien policier) où nous avions dormi avait affiché une lettre que le général lui avait envoyé. En gros, le gars avait dû écrire à Augusto Pinochet après qu'il a été démis de ses fonctions pour lui dire combien il avait apprecié son travail de dirigeant. Et Pinochet avait répondu qu'il était ému de cette lettre et qu'il était en même temps fier de ce qu'il laissait au Chili. Puis, à Talca, c'est une photo de Pinochet avec le propriétaire de notre hôtel. Tous les deux dans la rue, au milieu d'autres personnes. Dans les deux cas, les témoignages étaient encadrés et en évidence sur le mur.

samedi 6 novembre 2010

¡Venimus, vidimus, vicimus!

Monter au septième ciel est un rêve (voire un fantasme, pour quelques-uns) que certains d´entre nous chérissent. Dans notre cas, nous pouvons dire que c´est mission accomplie !
Le premier d´entre ces rêves était de quitter la pluie et le ciel gris que nous avait offerts l´île de Chiloé. Nous avons donc fait escale à Puerto Varas, à quelques encablures de Puerto Montt (prononcer "Puerto Mon" et pas, comme nous, "Puerto Montété"). À notre descente du bus, il faisait beau. Nuageux, mais beau (c´est-à-dire qu´il ne pleuvait pas trop). Profitant du ciel bleu, nous nous sommes précipités dans une agence de tourisme dans le but de pouvoir accéder, dès que possible, au pied du volcan Osorno, dont la cîme demeure perprétuellement enneigée. Comme il était trop tard, les agences nous ont donné rendez-vous le lendemain, histoire de voir quel serait le temps. Car s´il pleut, vente ou neige, on ne peut pas prendre le téléphérique qui mène près du sommet. Alors, en attendant (avec toujours un oeil sur les sites de météo, vu que le temps change très vite et très souvent à cause de la proximité de l´océan Pacifique et de la cordillière des Andes), nous avons parcouru le beau village qui a des teintes allemandes (nom des rues, des auberges, on sert des "Küchen" au lieu de dire des "pasteles"). Bref, sous un beau ciel bleu, nous avons profité de la ville... Et le lendemain, ¡badaboum!, il pleuvait ! Et les sites Web n´annonçaient rien de beau avant quelques jours. Pour faire court, nous n´avons jamais pu voir le volcan Osorno, à cause d´un temps pourri permanent, les excursions n´en valaient plus le coup. Nos deux occupations auront été de se prélasser une journée entière dans le spa d´un hôtel (et de voir, à travers les baies vitrées la pluie tomber à grosses gouttes) en avalant des pommes et des oranges, puis d´aller au cinéma à Puerto Montt voir Atracción peligrossa (The Town) avec Ben Affleck, en mangeant du popcorn sucré (du style Sugar Crisp). Bref, le temps de prendre notre décision et nous quittions Puerto Varas pour Valdivia, déçus de ne pas avoir pu, au moins, apercevoir le volcan.

Valdivia est une grosse ville en bord de mer, où, chance énorme, il faisait beau quand nous avons débarqué. Elle est connue pour ses excursions en bateau sur la rivière Valdivia, et, paraît-il, on peut même manger sur des gondoles, comme à Venise. Alors on a pu profiter d´une demi-journée sur les bords de la rivière, à regarder les bateaux et les énormes loups de mer se prélasser sur les quais, à voir des pélicans et plein d´oiseaux qui se donnent tous rendez-vous pour venir manger les restes que les vendeurs de poissons du marché leur envoient. La balade est vraiment agréable, et on a sorti short et lunettes de soleil pour l´occasion ! Mais nous avions toujours un oeil sur la météo car le gros "high" de notre voyage au Chili (avec le détroit de Magellan) était l´ascension du volcan Villarrica, à Pucón. Et là aussi, pas de soleil, pas d´ascension. Et les trois jours qui suivaient notre arrivée à Valdivia s´annonçaient ensoleillés.



Descendus du bus à Pucón, nous avons été accueillis par un rabateur qui nous proposait un hôtel pas cher juste à côté du bus (en fait, on espère souvent, dans le bus nous menant quelque part, que des rabateurs viendront nous proposer quelque chose de pas cher, car la plupart du temps, ils offrent le taxi jusqu´à l´hospedaje ce qui nous évite des balades interminables, sacs sur le dos et sur le ventre, jamais bien agréables). Nous y sommes allés, et outre le bon prix, l´hôtel faisait aussi agence pour l´ascension du volcan. Nous avons déposé nos sacs dans notre immense chambre et sommes allés à l´agence pour mettre nos noms sur la liste des volontaires à cette expédition andine de premier ordre. Imaginez, grimper un volcan encore en activité, visible de la ville, qui fume et que l´on peut approcher ! La tête dans les étoiles et au dessus des nuages, nous nous voyions déjà là-haut (2887 m) quand la météo nous a remis à notre place. Le lendemain, le temps n´était pas de notre côté. Ce serait pour le surlendemain... ou jamais, puisqu´ensuite, des averses étaient annoncées pour les quatre jours suivants. Bon, on a pris l´habitude d´attendre, mais là, franchement, on s´est regardés et on s´est vraiment demandés si ça valait le coup d´attendre ou pas puisque le temps change tout le temps. Mais on a décidé d´attendre. Une journée, pas plus. Pour passer le temps, entre deux averses, nous sommes allés visiter la plage volcanique de Pucón, donc noire. Au toucher, le "sable" ressemble aux Nerds de Wonka (il n´y a pas vraiment d´équivalent français en termes de bonbons) et dont la texture est aussi légère et douce que les susdits bonbons (certainement pas aussi sucrée quoique nous n´avons pas tenté de le savoir).


Et ça valait le coup ! Deux journées après notre arrivée, nous allions mettre un casque et chausser nos crampons, nous munir d´un piolet et partir faire de l´alpinisme (enfin, ici, c´est de l´andinisme !). Au moment de la confirmation que le trek aurait bien lieu, on est devenus fous. Enfin, on allait faire quelque chose au Chili, après dix jours de pluie ! On a fait nos provisions d´eau, de bouffe, préparé nos sacs et essayé nos vêtements (prêtés par l´agence et inclus dans le prix de l´excursion). À cinq heures, le lendemain matin, on était debout, le départ étant à six heures. Le temps d´avaler nos Chocopops et nos Bingochoco et le bus nous attendait. Un groupe de treize (des Autrichiens, des Hollandais, des Chiliens, des Brésiliens), de tous les âges (de vingt-cinq à cinquante-cinq ans, en gros) avec trois guides, quitte Pucón pour le pied du volcan Villarrica, à trente minutes de route. Nous en faisons partie !

En bas, il fait froid, mais on est bien couverts, et, l´ascension, qui va durer cinq heures et demie, va nous réchauffer. On se met à la queue leu-leu, et à sept heures, on est partis. Un guide prend la tête, et deux autres ferment notre peloton. Et rapidement, après trente minutes de marche dans la neige (nous commençons par remonter une piste de ski), un groupe est à la traîne, derrière. Mais pas nous ! Wow ! Nous faisons une première halte après une heure, le temps d´avaler quelques barres tendres et boire de l´eau. Et les retardataires arrivent péniblement. Nous les attendons, mais un des guides leur demande déjà s´ils vont bien ou pas, car le plus dur est à venir (et pour le coup, il avait mille fois raison). Ils continuent avec nous. Mais rendu à la deuxième halte, quarante-cinq minutes plus tard, le couple brésilien arrête. Et nous, on voit qu´en quarante-cinq minutes, on a fait à peine cinq-cents mètres ! C´est que ça monte de plus en plus, et que les six kilomètres d´ascension vont se mériter...





Plus nous montons, plus la pente se fait abrupte, plus la neige se transforme en glace et plus le vent souffle au point de nous faire tanguer. Et plus la peur de tomber est présente. Ce qui effraie, c´est de voir comme le sommet est loin et que le sol est composé de plaques de glace, et combien le chemin parcouru est très pentu. Si on tombe... Mieux vaut ne pas y penser ! Notre groupe n´est plus que de huit. Un des guides est resté avec ceux qui ont renoncé à l´ascension. Nous, on continue, en commençant à avoir mal aux cuisses et les jambes qui tremblent (de peur ou d´effort ?). Nous faisons plusieurs haltes, et, au dernier télésiège visible, nous nous sommes abrités du vent pour chausser les crampons. La première fois de notre vie. On a aussi mis des protège-mitaines, imperméables et résitants au vent. Et nous sommes repartis.
Dans le monde de l´alpinisme, ce volcan est l´un des plus faciles à escalader, mais pour nous, novices, monter un volcan comme celui-ci, c´est vraiment très difficile et chaque pas devient le dernier qu´on pense pouvoir faire. On a envie d´abandonner quand on se retrouve en queue de peloton, ce qui nous est arrivé fréquemment, quand on a peur de glisser, quand le vertige nous prend, quand le vent semble impossible à affronter, quand les jambes se mettent à trembler et quand tous les autres inconforts se mettent de la partie. Nommez-les, nous les avons à-peu-près tous vécus. Mais les crampons sont vraiment très utiles et facilitent grandement l´ascension. Chaque pas de fait est une réussite en soi et un de moins à faire. Il faut se concentrer sur ses pieds, question de ne pas s´emmêler dans ses crampons, mais aussi pour ne pas voir ce qui s´en vient ni ce qui est derrière nous. Si l´on ose se retourner, on voit alors qu´on est au dessus des nuages, que le dernier téléphérique est très loin, et que, de plus en plus, ça sent le soufre que le volcan dégage. C´est une sensation irréelle.
Lors d´une pause, un des guides nous a dit qu´on avait passé les 2000 m (on est partis de 1450 m). Mais on n´est pas encore en haut. En fait, nous n´arriverons jamais jusqu´au cratère, le vent est trop fort. Nous restons donc en haut d´une crête, au-dessus des nuages, pendant vingt minutes, en groupe, avant que le guide ne décide que nous devons redescendre... Tant mieux ! Car Guillaume commence à avoir une crampe à une cuisse... et a oublié ses bananes magiques. Heureusement, un Autrichien lui donne la sienne. Ah, la solidarité andine ! Continuer à monter aurait pris des efforts surhumains (rien de moins) et apprendre qu´on redescend n´a pas été pour nous déplaire. Et redescendre par des endroits glacés avec un précipice sous les pieds, c´est apeurant. Mais on l´a fait...









Au début de la descente, un guide a aidé Julie en lui prenant le bras, et tous les deux ont eu droit à une balade en tête-à-tête, bras dessus-dessous. Puis la descente finale s´est faite en... luge ! Tout le temps du trek, nous avons transporté une luge en plastique que nous avons mise sous nos fesses après trente minutes de retour en crampons, quand la glace a laissé la place à la neige. Et quelle descente ! Tout droit, dans la poudreuse, en se dirigeant avec le piolet ! Wow ! Ce qu´on a monté en six heures, on le descend en moins de deux heures. En fait, après vingt minutes de glissade, on a encore marché dans la neige pendant une grosse heure. Dur dur, mais bon, rien à voir avec l´ascension. En bas, avoir les pieds sur terre nous a fait du bien, nous a rassurés, car, pour vrai, le trek est très difficile (surtout à cause de l´environnement ambiant : neige, vent, froid, pente, glace et les hauteurs même si nous n´en avons ni l´un ni l´autre peur habituellement). Plus dans la tête que dans les jambes (quoique)...


Monter le volcan Villarrica aura été une expérience hallucinante, géniale, physique, éprouvante et unique. Et on l´a fait ! À noter que cette ascension a rendu notre bronzage imparfait. En effet, vu que nous portions un bonnet et un casque sur la tête et des lunettes de soleil, notre visage est vraiment rouge-bronzé, mais le front est blanc, et la démarcation du casque est très très prononcée pour Guillaume. Quant au nez de Julie, il est écarlate, tel celui de Rodolf... Mais bon, il faut savoir souffrir pour atteindre le septième ciel...