lundi 11 octobre 2010

Des vieilles pierres... aux jeunes vignes

Une rencontre en entraînant d´autres, cette dernière semaine fut riche en nouvelles connaissances. En effet, après nos quelques jours passés à Salta et dans le désert de sel avec Julie et Fred, nous sommes partis vers le sud, à La Rioja, où, après quelques heures, nous avons fait la connaissance de Sophie et Nicolas, deux Français, travailleurs humanitaires, elle médecin, lui pharmacien, en vacances en Argentine, mais vivant, pour le moment, en Guyane française (après quelques pérégrinations en Afghanistan et au Congo, entre autres).
Comme nous, ils étaient venus à La Rioja dans le but de visiter les deux parcs régionaux d´Ischigualasto (la Vallée de la lune) et de Talampaya. Et, comme nous, ils pensaient se rendre à San Agustín de Valle Fértil, un village tout proche de ces deux parcs, afin de dégoter un tour moins cher que depuis Salta ou La Rioja. Le problème, c´est que les bus pour y aller ne sont pas légion et qu´ensuite, rien ne nous assurait de trouver une excursion pas chère. Quant à La Rioja, c´est une ville assez quelconque où tous les magasins ferment entre midi trente et dix-sept heures trente (comme un peu partout en Argentine... inutile de dire qu´à ces heures de canicule, les villes ressemblent à des villes mortes de Far-West, Clint Eastwood en moins... de quoi faire la sieste sans culpabiliser), et les agences de voyage sont très discrètes. Du reste, le jour de notre arrivée à La Rioja, un dimanche matin, tout était fermé ! Nous avons passé une grosse heure, au petit matin, à chercher désespérement un hôtel, guide en mains, avant d´en trouver un. Mais comme se balader avec une enclume sur le dos n´est pas super agréable, nous avons posé nos fesses dams l´unique restaurant ouvert de la ville, qui servait café et medialunas. Comme nous avions besoin de recharger les batteries, nous sommes tout naturellement allés faire le plein d´énergie chez... ESSO (oui, oui le même que l´essence) ! Nous avons mangé chez ESSO La Rioja ce matin-là et c´était super bon ! Au point que le soir, nous y sommes retournés...
Bref, Sophie et Nicolas, dans la même situation que nous, nous ont proposé de louer une auto à quatre. De loin le meilleur plan pour visiter les deux parcs. Nous sommes donc partis le mardi matin très tôt pour le parc d´Ischigualasto (la Vallée de la lune), situé à une centaine de kilomètres de La Rioja. Là, on est en pleine pampa-désert. On croise des vicuñas, des cactus, des roches rouges, des oasis perdus en plein désert (non, c´est pas vrai... ce sont juste des mirages...). Bref, il fait une chaleur hallucinante (pendant qu´il commence à neiger au Québec... vive le Parc des Laurentides) et nous arrivons après trois heures au parc régional. L´entrée coûte soixante dix pesos et nous suivons, en auto, un guide véhiculé. Ça donne au convoi un aspect "safari", et quelques haltes sont prévues durant les trois heures de promenade véhiculée. Réguilièrement, nous nous arrêtons et notre guide nous explique l´histoire de toutes ces vieilles pierres (c´est beau, mais bon, des pierres et des couleurs, on en a tellement vu, qu´on en vient à appeler les roches colorées de ce parc classé par l´UNESCO "toutes ces vieilles pierres"... ça a un côté un peu blasé, mais pas du tout. Ou pas encore, en tout cas.), des strates de calcium, azote, permenganate de potassium et que sais-je encore. On est un peu perdus dans toutes ces explications savantes, alors on lâche ses paroles pour ne faire que regarder. Le paysage de ce parc est vraiment sublime : des couleurs inombrables, des reliefs variés (le sphinx se trouve même en Argentine), et même des coyottes ! On est encore dans le pays de Roadrunner ! Le parc s´appelle Vallée de la lune pour son côté désertique et désolé, mais à bien y regarder, il est bien coloré quand même.


À la fin de ce safari, nous décidons de poursuivre jusqu´à Talampaya et son fameux canyon. Encore deux heures d´auto sous un soleil de plomb. On n´a pas intérêt à manquer d´essence... Nous arrivons à l´entrée du parc (trente pesos de droit d´entrée et soixante dix pour la balade) et nous montons tous les quatre dans un petit bus (obligatoire de l´emprunter pour la visite) qui suit un circuit précis et quatre haltes, avant, dans et après le canyon. La visite est surprenante et le paysage super aride (mais qu´est-ce qui ne l´est pas dans cette région ?). Le soleil tape tellement que sortir sans chapeau est synonyme de coup de chaleur assuré ! Mieux vaut toujours avoir une boîte de Tylenol avec soi, dans le coin. Nous ne sommes pas déçus de ce que nous voyons, mais si parfois, ça fait un peu redite comparé à ce que nous avons vu dans la région de la Quebrada de Humahuaca. Mais quand nous savons que, d´ici une semaine, nous serons dans un paysage de glaciers, et que dans un mois et demi nous serons au pays des kangourous, nous ne boudons pas notre bonheur de voir toutes ces "vieilles pierres". D´autant plus que la compagnie de Sophie et de Nicolas est très agréable et que nous pouvons parler voyage sans nous en lasser...



Les rencontres, donc, ont continué peu après. En effet, aprés La Rioja, nous sommes descendus dans la superbe ville de San Juan. Les paysages changent du tout au tout. Et faire le voyage de jour en vaut le coup. En effet, les environs de La Rioja ne sont que déserts et poussière, mais, plus nous approchons de San Juan, plus on voit des prairies et des... vignobles (qui ne sont pas des mirages fort heureusement) ! Bacchus, nous voila ! D´un bord de la route, parfois, on voit du sable et des roches arides ; de l´autre, ce sont des plants de vigne. Et, à l´approche de San Juan, ce ne sont que des vignes ! Nous ne sommes qu´à deux heures au nord de Mendoza, après tout. La carte des vins et des vignes à visiter s´annonce chargée et il va falloir choisir...
À San Juan, nous avons commencé par le Musée du vin Santiago Graffigna. La visite et la dégustation sont totalement gratuites. Et le tout avec un professionnalisme époustouflant ! On apprend tout sur l´histoire de la famille d´Italiens qui a fondé ce vignoble il y a plus d´un siècle, sur la façon de faire le vin et sur l´internationalisation du marché du vin. C´est une superbe visite pour avoir une bonne introduction sur la route des vins dans la région. Nous avons ensuite pris un bus (le 24 à partir du terminal pour ceux qui cherchent, l´information touristique donnant autant de versions qu´il existe de cépages dans la région) pour rencontrer les jeunes vignes de la champañera Miguel Más (depuis 1998), un viticulteur qui a créé un vin "façon champenoise" (avec des bulles, comme le champagne, mais il ne peut utiliser l´appelation "Champagne". Mais c´est tout comme.) qu´il mélange à du vin rouge (d´ailleurs nous avons acheté un "champagne" rouge dont nous vous donnerons des nouvelles dès que nous y aurons goûté) ! Son exploitation est petite comparée à celle des Graffigna, mais les produits qu´il propose vont du rouge au blanc, en passant par la champagne et même au vinaigre balsamique. Là encore, une visite fascinante par un homme passionné qui fait son vin pour le plaisir de cultiver. Ceux qui vont à San Juan doivent lui rendre visite !

Pendant la visite, un couple d´Australiens s´est joint à nous. Lui, c´est Tim, elle, c´est Ruth. Mais lui, c´est la copie conforme de Karl Lagerfeld ! Un gars qui visite des vignes sous un soleil de plomb en chemise blanche et manches longues, les cheveux blancs en arrière et des lunettes noires. Ne lui manquaient que l´éventail et on défilait tous ensemble dans les vignes ! Ils étaient là car Karl (enfin, Tim...) veut écrire un livre sur le vin alors les deux visitent des exploitations viticoles en Argentine, au Canada, en Californie, en Australie, etc. Nous avons visité ensemble puis nous leur avons demandé si on pouvait monter dans leur voiture pour les suivre, puisqu´ils allaient en visiter d´autres (le prochain bus étant dans trois heures ; pour une ville qui mise sur l´oenotourisme, ça manque de nez). Pas de problèmes, nous disent-ils. Alors, nous montons dans la voiture de ce couple très "BCBG"...
Lui, il écrit, et elle, elle le conduit. Enfin, elle essaie de conduire ! En Australie ils conduisent á droite et en Argentine à gauche : ça doit expliquer le fait quelle conduisait les deux roues de droite dans le fossé. Mais en plus, deux fois, on a failli avoir des accidents (un chien a voulu se suicider sous nos roues, puis elle a eu peur à un carrefour, alors elle a freiné sec sans aucune raison...). Tim n´a jamais bronché, tout pris qu´il était à lui indiquer calmement le chemin pendant qu´on se demandait si on pourrait un jour boire la bouteille de champagne achetée chez Miguel Más. Mais finalement, nous sommes arrivés sains et saufs dans l´autre exploitation que nous voulions voir (Bodegas Callia), une jeune usine à vin (existant depuis sept ans). La fille qui nous a guidés racontait que le nombre de litres de vins produits se compte en millions ! Tout comme chez Miguel, nous avons eu droit à des explications complètes et à une dégustation gratuite. Mais bon, le tout dans un environnement très froid vu que ce qui compte, c´est faire des pesos. La passion contagieuse de Miguel n´y était tout simplement pas.
Sans aucun rapport, l´Argentine est une terre d´immigration. Pour les Français, le pays, sous certains aspects, n´a rien de dépaysant. Outre l´architecture de Buenos Aires qui rappelle tant celle de l´Europe, dans la rue, circulent des 403 (mais nous n´avons pas vu Columbo), des 404, des 405, des 504, des 2 Chevaux, des Twingos... (et pas qu´un peu ! À San Juan ou Mendoza, y´en a !) On va faire ses courses chez Carrefour, on va laver son linge chez 5 à Sec, on mange des croissants le matin et le vin Santiago Graffigna appartient au groupe Pernod-Ricard. Il y a de quoi être déboussolé !

mercredi 6 octobre 2010

De retour au pays de Pachamama

Après Salta, nous quittons vers le nord, en direction de Pumamarca, au pays de roadrunner (Bip Bip !). Arrivés sur les lieux, nous faisons la connaissance d´un couple de Québécois, Fred et Julie (si on est nés au Québec dans les années 1970 et 1980, on n´échappe pas à ces prénoms !). Ils sont en vacances pour trois semaines et font le tour du nord de l´Argentine. Ils ont loué une voiture pour quelques jours, question de gagner du temps en transport (pas fou quand on voit le prix des trajets en bus...). Pour les deux prochains jours, nous allons donc voyager à quatre.
En après-midi, nous partons en direction de la Quebrada de Humahuaca, une grande région rocheuse aux couleurs multiples et qui ressemble parfois à un canyon. Sur la route y accédant, les villages s´espacent, la végétation fait place aux cactus, la terre rougit, les rochers se multiplient, la route s´allonge, le soleil se fait de plomb et le vent occupe tout l´espace ambiant (et quand le vent souffle fort sur un chemin de terre, mieux vaut avoir ses lunettes sur le nez et du shampooing dans son sac !). La présence humaine cède peu à peu la place à la nature qui déploie toute sa beauté et son immensité (dit comme ça, ça fait très guide de voyage, mais c´est vraiment ça !). On rencontre parfois une maison faite de terre, et on se demande comment vit son locataire, tellement isolé de tout... La route sillone les montagnes colorées qui prennent l´allure d´une palette de peintre. La lumière d´après-midi accentue les couleurs environnantes. La nature nous en met plein la vue : champs de cactus, montagnes aux couleurs ocres, rouges et aux différents dégradés, nuages à flan de montagne, rochers sculptés par le vent et l´eau. La voiture avale kilomètres sur kilomètres sans rechigner, à notre plus grand plaisir. Fred et Julie sont parfaits pour voyager puisqu ils s´extasient verbalement devant toutes les beautés qui s´offrent à eux, ce qui augmente notre plaisir devant ces découvertes. Sur la route, nous changeons même de tropique pour passer au tropique du Capricorne ! Le changement est signalé par un panneau et un monument.
Nous poussons jusqu´au village de Humahuaca, au nord de la Quebrada, mais bon, le village semble pour le moins délabré et prend l´allure de ce qu´on a parfois vu au Pérou et en Bolivie (des maisons pas finies, des terrains vagues pleins de détritus en tout genre, des chiens errants... Beau cadeau pour Pachamama qui fait son retour aprés un mois et demi d´absence... Des restaus portent son nom, des hôtels aussi...). Le lendemain matin, nous partons sillonner les rues de Pumamarca à la recherche du meilleur point de vue pour admirer le Cerro de los siete colores (montagne aux sept couleurs). Il ne faut pas y aller trop tôt sinon l´ombre du soleil levant cache les magnifiques couleurs de cette exceptionnelle montagne. Nous trouvons une butte à deux pas de notre hôtel qui nous offre un point de vue global et idéal pour prendre des photos (ce que nous avons fait à cœur joie, sans nous faire prier).

Après quelques emplettes au village (question d´acheter quelques feuilles de coca, le maté nous manquait trop...), nous nous dirigeons vers les Salinas Grandes (désert de sel). Il n´y a que 75 kilomètres entre Pumamarca (1800 mètres d´altitude) et les Salinas Grandes, mais à l´office du tourisme, on nous dit que cela prend deux heures trente pour s´y rendre. En prenant la route, nous comprenons immédiatement pourquoi. D´une part, la route s´élève vers un col à 4170 mètres (d´où la nécessité d´un bon maté de coca). Elle serpente les montagnes avec une inclinaison qui nous fait ralentir. D´autre part, les paysages que nous traversons sont à couper le souffle, il faut donc souvent faire des arrêts photos. Nous pénétrons des champs de cactus qui se trouvent "à portée de main" (mais pas touche !). Les cactus sont sur le bord de la route jusqu´en haut des montagnes. En pouvant les approcher (ce qui est vite dit puisqu´ils sont protégés par des buissons épineux), nous nous apercevons qu´ils sont énormes (plus massifs que ceux nous avons pu voir au Mexique, en Tunisie ou encore en Arizona). Les aiguilles sont plus longues et plus incisives qu´ailleurs (bref, s´en approcher est parfois périlleux et en plus, par terre, il y en a des petits sur lesquels nous risquons de marcher n´importe quand...). La concentration de cactus nous a laissé pantois.
La route continue en lacets de plus en plus serrés et c´est en regardant vers le haut que nous pouvons constater jusqu´à quel point nous allons monter haut (par chance, nous avons notre maté de coca pour combattre le soroche - mal d´altitude - en particulier pour Fred, notre conducteur, pour qui il s´agit de la première ascension). Rendus tout en haut, nous contemplons depuis un mirador, le chemin parcouru et ses interminables lacets qui augmentent avant l´arrivée au sommet, le tout dans un cadre rougeoyant avec le dessus des montagnes à portée de main. Plus loin, sur la route, nous apercevons des vicuñas, signe incontestable que nous sommes bel et bien dans les Andes. Un troupeau est éparpillé proche d´un ruisseau gelé. En les approchant, nous pouvons entendre - pour la premiere fois ! - le son qu´ils émettent entre eux pour signaler notre présence. Une sorte de rire étrange qui semble se moquer de nous et qui nous fait bien rire. Et en haut, il vente toujours, vraiment fort. Le point culminant, signalé par une pancarte, s´appelle El Quemado (le brûlé), ce qui en dit long sur la végétation quasi inexistante (juste des petites herbes rases et des pierres...).
Nous poursuivons notre route et, cette fois-ci, nous arrivons vers un plateau à 3500 mètres. En descendant, une tache à l´horizon apparaît qui contraste avec la rougeur environnante, les Salinas ! Elles sont d´un blanc immaculé en comparaison aux teintes ocres des alentours. Arrivée a leur hauteur, la route plonge en plein sel. De chaque côté, elle est bordée par cette blancheur qui brûle les yeux, par cette chaleur et cette aridité fait craquer le sol et la peau de ceux qui y travaillent. Seul le vent permet d´échapper a cette chaleur écrasante, rendant même la température ambiante très fraîche. Par contre, rien ne peut protéger du soleil (pas même la crème solaire !), ce qui nous vaudra a la fin de la journée un (beau) visage de raton laveur (à cause des lunettes) et un visage de Peau-rouge (heureusement, les Advil ne sont jamais bien loin). Sur le site, qui est en fait une carrière de sel et donc un lieu de travail, nous retrouvons une maison dont les murs sont entièrement faits de sel ! C´est un abri où viennent se poser les gars qui exploitent les salines. Par terre, des tonnes de sacs de sel attendent d´être mis dans les camions afin d´alimenter l´Argentine en sel. À première vue, nous pourrions presque confondre tout ce sel - toutes ces montagnes de sel ! - avec de la neige si l´air n´était pas aussi salin. À respirer cet air, nos lèvres se déssèchent, nos visages ont l´impression de subir une exfoliation en règle et notre bouche s´emplit d´une désagréable impression d´avoir avalé la tasse (comme à la mer). Le sol ressemble a des carreaux de cuisine tant il est surélevé par la force du vent, qui a créé une barrière naturelle de sel protégeant un petit lopin de terre. Des trous sont creusés dans le sol et, avec l´aide de l`eau de mer, se remplissent d´eau qui sous l´effet du sel prend une couleur bleutée inattendue. Lorsque l´eau s´évapore, le sel peut ainsi être facilement recueilli puisqu´il est plus friable. En y plongeant la main, celle-ci devient peu à peu blanche et le sel se crystalise rapidement. Les Salinas Grandes s´étendent et ne sont délimitées que par de lointaines montagnes très pales. Cela nous donne toute la lattitude possible pour déjouer la perspective et nous amuser en prenant des photos surréalistes... jusqu´à ce que le soleil nous rappelle sa présence.




Aucun chapeau ne peut résister au vent qui règne dans les environs, il nous faut donc rentrer après quelques heures après avoir défié chaleur, soleil, vent et perspective.
Le retour à Salta s´annonce long après une telle journée où les kilomètres de routes ont été plus facilement avalés que la nourriture (pour manger dans le coin, ce n´est pas compliqué, il n´y a rien...). Un retour obligé à Salta pour un peu de repos avant de reprendre la route vers la Vallée de la lune, un peu plus au sud.

jeudi 30 septembre 2010

"Le Guatémalteque descend des Mayas, le Péruvien des Incas, et l´Argentin... du bateau !"

Les douaniers brésiliens ne se compliquent pas la tâche. S´ils voient une irrégularité, ils ferment tout simplement les yeux. C´est ainsi que nous avons pu rejoindre l´Argentine sans problème. El pibe de oro... nous voilà ! À nous la viande de boeuf, les vignobles, les montagnes, les glaciers, le tango et l´espagnol pour communiquer !
La ville de Buenos Aires se dévoile sous nos yeux, et nous apparaît... Paris. La ville lumière sud-américaine possède le même charme avec ses restaurants et terrasses extérieures, ses petits cafés plein à craquer, ses immeubles gris pierre, ses parcs et surtout avec ses grandes rues piétonnes. Une des raisons de cette ressemblance avec Paris est que certaines des pierres de taille ayant servi à bâtir les immeubles de la capitale argentine ont été tout droit importées de... Paris. Les Porteños ont aussi l´air plus européen que sud-américain. Les yeux sont tantôt parfois bleus, parfois verts ou parfois noirs, comme ceux de leurs voisins sud-américains, mais ils portent tous indégnablement la classe et le chic espagnols. Contrairement au Pérou et à la Bolivie, on peut regarder les gens dans les yeux sans avoir à baisser la tête ! La ville a des boulangeries à tous les coins de rues et une odeur incomparable de medialunas (croissants) fraîchement sorties du four envahit la rue et les narines. Même sans avoir faim, on est toujours tentés d´ouvrir la porte du magasin et de succomber au croissant accompagné du cafecito.
Le tango semble avoir disparu. Sauf des cartes postales et des rues touristiques. On entend souvent de la musique dans ces rues et parfois on voit un couple de danseurs de tango, emtouré d´une foule de touristes les mitraillant. Pour le joueur de bandonéon, il faut aller à un autre coin de rue - le MP3 a pris sa place - mais les danseurs, aussi attrape-gringos soient-ils, ont quand même la classe, et le show qu´ils offrent en pleine rue vaut le détour ! Ils prennent la pose pour les flashs, se déhanchent comme sur les cartes postales, mais la tension physique du tango est quand même là. Pour finir, le danseur enlève son chapeau pour saluer ses aficionados... puis le fait passer pour recueillir quelques pesos.
Autre piège à touristes (mais également le meilleur endroit pour voir du tango), le Caminito. La plus célèbre rue de Buenos Aires avec ses couleurs exubérantes et ses marchands d´art se donne des airs de mini-Montmartre. Par contre, avec l´affluence touristique, elle y a laissé son âme. Les marchands sont à peu près partout, au point de masquer certaines des devantures encore (un peu) authentique. Tout est devenu payant ! On peut poser avec des pseudo-danseurs de tango (qui ne font que prendre la pose pour la photo...), on peut mettre sa tête dans des trous et se faire photographier en ayant l´air d´un danseur de tango (ça aussi c´est payant !). Mais le clou du Camininto, c´est Maradona ! Un gars arpente la calle Caminito de long en large en apostrophant les gens d´un "¿Quieres una foto con Maradona?"... Le sosie du Pibe de oro propose ses services le temps d´une photo. Preuve qu´il est bien le sosie du joueur, il a disposé des photos de lui et du vrai joueur pour qu´on soit certains qu´il est bien le sosie de Maradona (comme si on pouvait se tromper...). En tout cas, outre le physique, il en a aussi adopté les manies, levant les pouces dès qu´il est pris en photo.
Plus populaire qu´Eva Peron, Jorge Borgès, Quino, c´est Diego Armando Maradona qui remporte la palme à Buenos Aires. Partout ! Il est partout, Diego ! Sur les murs des immeubles, sur les posters, sur les t-shirts. Il doit même être le crémage de certains gâteaux ! Son quartier, c´est la Boca. Et à la Boca, le club de foot, c´est Boca Junior. Un club populaire, encore aujourd´hui, au palmarès riche en trophées et en vedettes du ballon qui y ont fait leur classe. Faute de pouvoir voir un match, nous avons visité le stade. Une vraie arène, où les tribunes sont quasiment collées aux lignes de touche du terrain. Le stade, que les socios (les partisans) appellent la Bombonera (car elle a la forme massive et verticale d´une bombonnière) est unique en son genre. La proximité entre les socios et les joueurs donnent une idée du mal de crâne que les joueurs doivent avoir une fois le match terminé. En tout cas, quelle antre footballistique ! Le musée dispose de la photo des joueurs ayant porté le maillot jaune et bleu de Boca : entre autres, Gabriel Batistuta, Martín Palermo, et surtout, Diego ! Malgré toutes ses frasques sportives et extra-sportives, ses déclarations incendiaires et les résultats décevants de l´équipe nationale qu´il entraînait lors de la dernière coupe du monde, Diego reste tatoué sur le coeur des Argentins et continue de faire l´actualité. Les gens se baladent certes avec des maillots de Messi, mais pas autant que ceux portant celui de Maradona !
Question bouffe, Buenos Aires n´est pas en reste. Évidemment, nous avons testé le fameux boeuf argentin. Un sacré morceau ! Grosse portion, fin, parfumé, bien cuit. Rien à redire ! Ne pas manger de boeuf au pays de Diego serait une erreur. Le seul hic, c´est l´accompagnement. À Buenos Aires, la viande venait avec des frites. Les légumes, mieux vaut ne pas aller au restau pour en manger. Mais bon, le pays est plus connu pour ses bovins que pour ses tomates, alors nous goûtons les spécialités locales. Et, parmi celles-ci, le flan ! Et oui, il nous suit jusqu´en Argentine, mais avec des variantes, comparé à celui du Brésil. Ainsi, le flan casado vient aussi avec du dolce de leche - du caramel fondu... wow ! Pour ceux qui connaissent les Carambars, c´est pareil, mais fondu (mais sans les blagues). Dans le registre culinaire, une fois rendus à Salta, dans le nord du pays, nous avons évidemment goûté aux salteñas (les mêmes qu´à Tarija, en Bolivie). Les salteñas s´appellent ainsi puisqu´elles sont d´ici, en Argentine... Notre premier repas en fut donc exclusivement composé. Verdict : nous les avons préférées à Tarija. Elles y étaient plus juteuses, plus grosses et plus savoureuses. Nous allons continuer à les tester. À coup sûr, Salta n´a pas dit son dernier mot.
Pour finir avec Buenos Aires, nous avons passé une journée dans une de ses banlieues de villégiature, à trente kilomètres. Les Porteños sont nombreux à venir se réfugier à Tigre, une ville composée d´îles ! Des maisons sont construites sur chacune de ces îles, de même que des restaurants (pour les Français, ça fait très "bord de Marne") et l´ambiance y est très familiale. Alors on circule sur des bâteaux dans les voies d´eau... qui sont parfois recouvertes de poissons morts, le ventre à l´air (mais ça reste que c´est une super balade à faire !). Les bateaux font des arrêts quand les habitants leur font signe, et on peut donc accoster quand on veut. Nous nous sommes donc promenés sur une des îles de Tres bocas pour voir toutes ces petites maisons colorées, et, dans les canaux, des gens qui rament sur de belles barques ou sur des avirons, et d´autres sur de gros bâteaux à moteur. Inutile de dire que quand les seconds passent près des premiers, ces derniers, sur le point de chavirer, protestent virulemment.
Avant de quitter la capitale fédérale, nous avons pris le temps de faire un tour de métro. Quelle ne fut pas notre surprise de constater que non seulement la couleur des sièges correspond à la couleur de la ligne sur laquelle on se trouve, mais que les siègent sont en velours ! Sur la ligne rouge, ils sont en fait rose. Cela ne passe pas inaperçu et donne un air très seventies au métro. On se croirait presque au Studio 54 de New York.
Après Buenos Aires, nous sommes partis à Salta, dans le nord du pays, en bus, comme d´habitude, mais là, pour un très long trajet de près de vingt-deux heures ! Les compagnies de bus argentines semblent décidées à s´occuper attentivement de leurs passagers. Ainsi, outre quatre repas servis dans nos confortables sièges, Nicolas, notre agent de bord, nous avait organisé une partie de bingo ! Wow ! On avait tous nos petits cartons numérotés et lui annonçait les numéros dans son micro. Finalement, c´est une dame qui a gagné et est repartie avec une bouteille de vin blanc. Nicolas lui a proposé de chanter pour nous distraire, mais la dame a refusé. Nous, on aurait gagné, on aurait chanté ! En tout cas, ce furent vingt-deux heures faciles dans le meilleur bus que nous ayons eu jusqu´à présent (pas de vitre cassée, pas trop d´odeurs de sanitaires débordant, pas de passager écoutant sa radio la nuit, etc.).
C´est vraiment la saison basse, ici (heureusement pour nos portefeuilles, déjà asséchés par le séjour au Brésil). Dernier exemple en date, celui de l´hôtel où nous logeons. Quand nous sommes descendus du bus, à Salta, des représentants d´hôtels nous attendaient dans le hall pour nous proposer chacun leur hébergement, avec photos à l´appui. Nous avons choisi celui dont l´hôtel était le plus central et le moins cher. Il était déjà peu cher, mais finalement, pour être certain qu´on prenne une chambre, le gars a baissé son prix de dix pesos (mais juste parce que c´est nous, hein...). Et en plus, le taxi était offert ! Alors nous nous sommes rendus à l´hôtel Andaluz et, sur place, nous avons demandé un deuxième rabais si on prenait une seconde nuit... ce que nous avons obtenu. Dix autres pesos en moins par nuit ! En moins d´une heure, la chambre privée nous coûtait vingt-cinq pourcent de moins que le prix initial ! Et en plus, on a vraiment l´hôtel pour nous, puisque sur la dizaine de chambres et dortoirs, une seule autre chambre est occupée !
Salta est notre point de départ pour les Andes, que nous retrouvons après le long crochet atlantique. Nous allons de nouveau remplir nos gourdes de succulents matés histoire d´éviter le soroche !