lundi 10 janvier 2011

Les trois facettes de Georgetown

On ne va pas vous faire languir trop longtemps. Avouons-le d'emblée, on trippe sur la Malaisie (la preuve, on a un tas de photos à vous montrer).
Avant de la rejoindre depuis Phuket, nous avons passé une journée à Hatyai, à quelques kilomètres de la frontière malaisienne. Cette ville, déconseillée aux routards par les guides à la suite d'attentats contre des places touristiques (qui datent de 2007), nous a donné une idée de la mixité sociale qui nous attendait en Malaisie. Dans Hatyai, on croise des femmes voilées (intégralement ou en partie) avec des hommes barbus portant un fez (en Asie, ce chapeau s'appelle un "rumi topi"), et autour d'eux, circulent des Thaïs, des Chinois et des Indiens. Tous cohabitent paisiblement. Si Hatyai n'a rien de splendide en tant que telle, au moins, nous avons été plongés, pendant 24 heures, dans une ville authentique que le tourisme n'a pas polluée. Globalement, nous avons bien aimé, et, le 7 janvier au matin, nous avons pris une minivan en direction de Georgetown, sur l'île de Penang en Malaisie (oui, on avait dit "plus d'île, maintenant", et on a quand même fait Phuket puis Georgetown, mais on accède aux deux par des ponts et aucune secousse ne donne envie de vomir). La douane se passe sans problème à Bukit Kayu Hitam et, en quatre heures, nous étions sur notre île (en fait, nous avons mis un peu plus de temps, notre van ayant été arrêtée sur l'autoroute par la police malaisienne, sans doute pour un excès de vitesse).
À l'arrivée à Georgetown, on se croyait en Inde (l'arrêt du bus se trouvait dans le quartier indien) ! Le choc total ! Ça sentait les épices, les gens que nous croisions étaient foncés comme des Pakistanais, les femmes portaient des robes colorées (les fameux saris)... Wow ! Quel changement d'univers en l'espace de quelques heures de route. Une fois nos affaires posées dans le vraiment agréable Love Lane Inn (40 ringgits la nuit, soit 10 dollars, au carrefour des quartiers indiens et chinois), nous sommes partis à la découverte de cette surprenante ville.
Nous avions vu le côté indien de la population (impossible à manquer, vous n'avez qu'à suivre les odeurs insistantes d'encens ou la musique Bollywood mise à 4000 décibels dans la rue), mais par la suite, ce sont les communautés musulmanes puis chinoises que nous avons rencontrées. Chacune a ses quartiers bien spécifiques, et une fois dedans, on baigne tantôt à Dehli, tantôt à Marrakech, tantôt au coeur de Pékin. C'est fabuleux !







Et les gens que nous avons rencontrés dans la rue sont aussi souriants que les Thaïs, mais en plus ils viennent converser avec nous, sans rien avoir à nous vendre. À aucun moment on se demande quand il va falloir parler du prix. Ils sont curieux de nous et si on se met à leur sourire et à leur parler, on pourrait presque devenir leur ami Facebook. Et il faut parler des femmes musulmanes. On en a rencontré qui portaient la burqa intégrale, d'autre juste un voile, mais le plus étonnant là-dedans, c'est que derrière ce côté traditionnel, elles vivent de manière hyper moderne, presqu'occidentale : elles se maquillent, sont coquettes, communiquent avec leur IPhone, et sur les panneaux publicitaires, elles sont omniprésentes (et pas juste pour vendre de la lessive ou des tampons hygiéniques). À Georgetown, on en a vu plein qui conduisaient les autobus de la ville. Et ce sont des femmes qui ont tamponné nos passeports à la frontière. Bref, elles semblent vraiment intégrées dans la vie de la cité.
Comme vous le comprenez, on adore Georgetown, et cette cité nous donne très envie de découvrir le reste de la Malaisie (ça tombe bien, on a prévu d'y rester quelques temps). Nous avons donc loué un scooter afin de partir faire le tour de l'île et d'aller ainsi de merveilles en merveilles.

Cela a commencé avec la route menant au barrage situé en haut de la colline d'Ayer Itam. Un chemin vallonné à travers une forêt verte et très dense y mène et, en route, on croise pleins de petits singes sur l'asphalte, qui rejoignent la forêt et les arbres quand un moteur les effraie. Du barrage, on a une super vue sur la ville.

En redescendant, on accède au temple Tek Lok Si, le plus grand temple bouddhique du pays. Il est impossible d'en ressortir stressé, Bouddha et ses amis sont partout. Il y a des temples et des pagodes dès qu'on tourne la tête. Des lampions en papier de riz rouges et jaunes décorent tous les plafonds. Toutes les pièces sont plus bouddhiques les unes que les autres. Et comme le nouvel an chinois approche (cette année, ce sera au début février et on fêtera l'année du lapin) les temples se refont une beauté et les ouvriers réparent, redorent, peignent et balaient tout ce qui peut l'être. Afin de travailler mieux encore, ils écoutent de la musique "cheesie-indy façon Bollywood". Mais ils travaillent bien, et avec le sourire. Plus haut, la statue de la déesse Kuan Yin, haute de plusieurs dizaines de mètres, trône. Autour d'elle, se trouve un jardin plutôt cosmopolite : outre les douze signes du calendrier chinois, on trouve des petites statues de déesses et de dieux, entourées de statues de Mickey et de Minnie. Donald devait jouer dans la mare aux canards pas loin. Des bancs en forme de chien sont là pour accueillir les fesses du monde entier. C'est très surprenant, coloré, mais quel ensemble hétéroclyte.











L'année du cochon pour Guillaume.

L'année du chien pour Julie.






En continuant la route qui fait le tour de l'île, nous avons fait une halte au Tropical Fruit Farm. Pour 48 ringgits, on a droit à la visite guidée d'une plantation d'arbres exotiques fruitiers (ananas, figues, fruits du dragon, papaye, guyaves rouges, starfruits, bettlenuts, fruits de la passion, et bien d'autres) puis on les goûte. Un buffet est en effet proposé et on prend tout ce qu'on veut et en plus on nous offre un jus de notre choix. On s'est fait des amis libanais, venus en Malaisie pour leur voyage de noces. On ne connaît pas leur nom, mais ils nous ont invités chez eux à Tripoli (au Liban, pas en Lybie). Hélas ils ont oublié de nous donner leur adresse. On les a baptisés "Papaya" et "Mamaya"...

Le fruit du dragon.

L'ananas.

La papaye.

Le durian.



En terminant notre boucle (environ 70 km), nous avons croisé de belles plages et des mosquées. L'ensemble se marie vraiment bien et le caractère des gens est tellement fraternel et amical qu'on a envie de connaître tous les gens qu'on croise et de faire la vague avec eux pour Bouddha qu'on aime de plus en plus.



La ville de Georgetown aussi est magnifique. On y voit des temples bouddhiques (comme le Wat Chayamang Kalaram, avec son bouddha allongé de 33 mètres) et des temples birmans (le temple bouddhique Dhannikarama, super kitsch avec toutes ses statues en plâtre représentant des scènes religieuses ou du quotidien), entre autres.















Dans le centre historique, encore des édifices sacrés: des temples chinois (le Goddess of Mercy Temple, le Teochew Temple, le Khoo Kongsi ou le Hainan Temple) et des mosquées (la Benggali Mosque ou la Kapitan Kling Mosque, près de notre hôtel), et il y a même une église catholique en ville mais on ne l'a pas visitée... Et tout le monde cohabite. C'est fabuleusement exemplaire ! Les édifices religieux sont entretenus avec soin et le soir, en mangeant dehors, on les voit s'illuminer alors que le muezzin fait l'appel à la prière.






Histoire de vouloir rivaliser avec la coquetterie des Indiens (des coupes de cheveux parfaites, style brushings des années 1970, moustaches peignées, lustrées et bien fournies), Guillaume est allé se faire couper la barbe chez un barbier indien. Pour 10 ringgits, le barbier lui a coupé la barbe (utilisant blaireau et coupe-choux, comme il se doit), mais aussi les poils des oreilles, ceux du nez, les sourcils et, pour finir, il lui a fait craquer la nuque ! Un vrai pro ! Pas une seule coupure. Les Indiens sont devenus ses héros.

Enfin, il faut parler de la nourriture. Nous avons mangé dans le quartier indien un succulent agneau avec du riz, dans une cantine populaire. Les gens mangeaient avec leur main (avec la droite, la gauche servant aux besoins intimes, alors pas droit à l'erreur) et c'était très bon et pas cher (entre 6 et 15 ringgits pour deux, boisson comprise). Dans une autre cantine, on nous a servi du butter chicken bien épicé et du poulet tandoori. Ici, pas d'assiette mais une feuille de bananier sur laquelle les serveurs posent du riz, des légumes épicés (mais comme toute leur bouffe est épicée, ça ne sert plus à rien de le spécifier) et des pains naans (sans doute les meilleurs que nous ayons mangés à vie). C'est succulent ! Les mangos lassis sont divins et tellement parfumés. Par contre, il faut faire attention, car quand on demande un verre d'eau, le serveur vous en apporte un... Mais l'eau y est chaude ! Il faut bien spécifier qu'on veut de l'eau froide (il faut demander "air bersih" pour l'avoir fraîche). En ressortant, on était au nirvana chez Bouddha et cie (pour les curieux, c'est chez Sri Ananda Bahwan qu'on était). Comme dessert, nous avons découvert les puthus, petits gâteaux à base de farine de riz que l'on trempe dans de la poudre de coco et recouvert de cassonade. Inédit et délicieux.



On a aussi expérimenté le quartier chinois. Nous sommes allés, à la cantine Tai Tong Restoran. Du canard, du riz épicé au porc et une sorte de renversé au riz et porc sucré... Très bon ! Dans cette cantine, il y en a du monde ! Des serveurs poussent des charriots plein de bouffe et il suffit de lever le bras et de désigner ce qu'on veut pour que ça se retrouve dans notre assiette. Dans la rue, c'est plein de petits stands où on mange des nouilles ou du riz pour 6 ringgits pour deux, en regardant les Chinois courir dans tous les sens afin de servir leurs clients le plus vite possible. Quant aux jus de starfruit, de fruit du dragon, de goyave rouge et de melon d'eau, ils sont frais et vendus pour une bouchée de pain dans la rue (1,5 à 2 ringgits) ! Pour les amateurs de ice-coffee, la Malaisie se défend aussi bien que la Thaïlande ou le Viêtnam.

On sent qu'on va se régaler, en Malaisie. Le multiculturalisme de la ville, et sans doute du pays, se ressent autant dans la population qu'on croise que dans notre assiette. Mais pour le moment, nous prenons la route de Tanah Rata, dans la région des Cameron Highlands, au centre du pays, pour visiter des plantations de thé.

jeudi 6 janvier 2011

Des éléphants sous le soleil

Après une journée de transport depuis l’île de Ko Tao, nous sommes arrivés à Phuket (une autre île, mais bon, on y accède par un pont. Pas de catamaran qui rend malade, cette fois). Phuket, c’est le soleil, la mer et les éléphants.



Notre hôtel (le HI Phuket) est situé dans la baie de Chalong, sur le côté d’une énorme route passagère, loin de la mer. Mais au moins, en étant dans une auberge HI, on savait que pour quelques bahts, on aurait une chambre impeccable, avec la clim’ et un confort dont nous avions besoin, psychologiquement parlant. Les épreuves « cafardesques » que nous avions vécues nous avaient passablement effrayées, voire traumatisées. En plus, nous avions acheté à Salta, en Argentine, la carte de membre HI qui nous offre des rabais dans chacun des hôtel de la chaîne HI et d’autres avantages encore, dont des renseignements pertinents sur la région et des bons plans. Et puis avoir une carte HI, ça fait routard ! Là, on gagnait 10% sur le prix de la chambre (d’habitude, c’est 5%).
Nous sommes arrivés à notre hôtel peu avant minuit... et l’hôtel était fermé. Un numéro de téléphone était placardé sur la porte pour les arrivées tardives. Notre chauffeur de taxi (enfin, un gars qui s’était improvisé chauffeur en nous voyant débarquer du bus, nous les seuls Occidentaux, et qui s’est jeté sur nous avec un retentissant « Where you go ? ») a appelé le numéro et, quelques minutes plus tard, une jeune fille thaïlandaise en pyjama nous a ouvert la porte. Apparamment, on la réveillait, mais elle a quand même marmonné un « Hello ». Nous rentrons dans le lobby, posons nos gros sacs et commençons à remplir les formalités administratives. Rapidement, nous avons constaté que l’anglais n’était pas son fort. Loin de là. Elle nous demande si on a réservé et elle n’a pas l’air de comprendre immédiatement notre réponse (« Yes », point barre). L’affaire se complique ensuite quand nous devons lui faire comprendre que nous avons payé un dépôt de 5% via le site Web de HI. Donc nous ne devons pas repayer ce dépôt. Logique, non ? Pas pour elle. Finalement, courriel à l’appui et avec beaucoup de patience et de sourires forcés (entremêlés de bâillements et de fous rires nerveux contenus), l’horloge indique 1 heure du matin quand nous pouvons prendre notre douche. La tête sur l’oreiller, nous pensons à notre carte HI... et aux 10% auxquels nous avons droit. Ça ira au lendemain matin. On veut dormir, le sommeil s’est fait rare ces derniers temps.
Après le déjeuner, le lendemain, nous allons retrouver notre sympathique hôte pour lui faire part de notre requête : récupérer 10% de ce que nous avons payé, puisque nous y avons droit. Nous prenons notre temps pour lui expliquer, dans des mots simples (« discount », « HI Member », « Card », « Ten percent », « Money »), ce qu’elle doit nous rembourser. 10%, c’est facile à calculer, non ? On décale la virgule d’un rang vers la gauche et le tour est joué. On ne parle pas d’un rabais de 3,97% indexé sur le prix du pétrole, patati patata. 10%... Eh ben une heure plus tard, nous en discutions encore. Calculatrice à la main nous lui montrions le calcul. Avec un papier et un crayon, on lui faisait des dessins. On a appelé deux fois sa boss qui semblait nous comprendre (en tout cas, à la fin de la conversation, elle disait toujours « Yes, yes ! »). On est encore passés par toutes les phases, depuis l’envie de rire (nerveusement) tant c’était pathétique, l’envie de quitter le bureau et de lui laisser ses bahts, l’envie de la donner à manger aux coquerelles du coin, l’envie de gueuler un gros coup... Mais bon, avec le sourire et beaucoup de retenue (ça fait travailler la zénitude cachée en nous), nous avons eu notre argent. Pour la petite histoire, le lendemain soir, une fille est arrivée et a eu les mêmes problèmes avec la Thaïe de l’accueil. Mais elle, elle s’est énervée et a demandé un taxi pour partir. Un gars, à côté de nous et qui assistait à la scène, lui a dit que tout le monde dans l’hôtel, avait eu des problèmes avec elle. On se demande encore si notre hôte (qui nous a fait comprendre qu’elle était nouvelle) était franchement incompétente ou... nan, elle était carrément incompétente, pas de doute possible. Une heure pour comprendre une division par dix, « tabarnak » !
Aller à Phuket, c’est d’abord et avant tout pour profiter des plages. Et là, nous avons été servis. Nous sommes allés à Kata Noi Beach. Wow ! Le gros coup de coeur ! La plage de rêve, avec une eau translucide, propre, un sable blanc et fin, pas de roches. Il y a de belles petites vagues. On n’est pas si loin du paradis, quoi. Bref, fabuleux, d’autant plus qu’il n’y avait pas tant de touristes que ça. Bon, OK, la plage était à 20 km de notre hôtel. Mais même si ça avait été plus loin, pas grave, on avait loué un scooter noir, et, les cheveux au vent nous partions nous baigner, et le maillot trempé, nous revenions en moins de temps qu’il n’en faut pour crier « ciseaux ».




Faire du scooter à Phuket, c’est génial. On est passés par plein de chemins pour rejoindre la plage (que l’on a découverte par hasard). Par certains d’entre eux, nous pouvions voir des éléphants, sur le côté de la route, qui arrachaient des feuilles avec leurs trompes. Nous nous sommes arrêtés pour les regarder et les approcher, c’est vraiment big ! Mais l’avantage, c’est que c’était gratuit de les approcher. Car non loin de là, on en a vu qu’il fallait payer pour contempler voire pour leur monter dessus. Les nôtres étaient en quasi liberté. Donc, avec le scooter, on a déambulé à notre guise un peu partout, en multipliant les détours et en respirant le bon air marin (et les pots d’échappement, aussi, mais c’est anecdotique).







Malgré la réputation hyper touristique de Phuket, nous avons trouvé des coins sans Blancs aux environs. Certes, l’île est très grande, mais on est au pic de la saison. Sur le côté des routes, c’est plein de petits bouibouis pour manger pas cher et super bon des Fried Noodles with vegetables, des Pad Thaïs et des jus frais vraiment délicieux. Nous avions l’habitude d’aller manger dans la cantine d’une dame sur le bord de la route, et, après le dernier repas que nous avons pris à Phuket, elle nous a lancé un « See you tomorrow ! » avec un gros et franc sourire. On a même trouvé des crêpes banane et Nutella faite devant nous. Le « crêpier » avait un gros sourire de nous voir si excités, trépignant à l’idée de pouvoir enfin manger un dessert. Plein de monde venait lui demander des crêpes pour le souper et on a vu ce que les gens mangeaient : des crêtes sur lesquelles il saupoudrait une poudre (du poulet séché) puis il ajoutait de la marmelade de pruneaux puis ce qui ressemblait à du Ketchup. Phuket nous a permis de renouer avec le sourire vrai des gens, l’authenticité thaïe, l’amabilité des passants. Ko Tao est loin et nous laissons derrière nous le sentiment de n’être que des « vache$ à lait ».


Nous prenons la route de la Malaisie demain matin, pour Georgetown, et essaierons d’eller dans le nord de la Thaïlande dans quelques temps.

mardi 4 janvier 2011

"Rappelle-moi de ne plus jamais aller sur les îles !"

Nous sommes maintenant sur l'île de Phuket. Il fait 30 degrés, et le soleil est radieux. Nous sommes le 4 janvier 2554… Oui, car ici, c’est bel et bien l’année du calendrier bouddhique. Et les péripéties de Ko Tao sont derrière nous.
Après plusieurs jours passés dans la ville de Bangkok, nous avions besoin de nous oxygéner les poumons. Quoi de mieux que d’aller passer le temps des Fêtes à la plage ? Direction le sud !
Notre première étape a été Hua Hin. Une ville côtière qui possède une jolie plage et un quartier touristique huppé. Qui dit station balnéaire dit également satisfaire les désirs des touristes. Et c’est la facette la moins reluisante du tourisme. Si la Thaïlande est surtout connue pour ses plages et ses temples, elle détient également la palme, beaucoup moins glorieuse, du tourisme sexuel. À Bangkok, nous étions situés pas très loin du quartier des backpackers, ce qui nous a permis de n’être que très peu témoins de ce genre de situation. Nous avons, entre autres, assisté à une négociation entre un homme d’une quarantaine d’années (un Anglais) et une jeune Thaïe dans la vingtaine sur le coût de sa venue et celle de sa famille en Occident, chez lui. En quittant Bangkok pour Hua Hin, nous sommes arrivés en plein cœur de ce type de tourisme. Dans certaines rues du quartier touristique, il y a des salons de massage qui se spécialisent dans le commerce du sexe. Le pire que nous ayons vu est une boutique qui affichait à l’extérieur son prix pour un blowjob : 80 bahts, soit moins de 3 $. Sinon, il y a toujours dans les bars un homme d’une cinquantaine d’années (généralement laid, gros et blanc) qui est avec une jeune asiatique sans que celle-ci semble s’amuser ou ne démontre un quelconque intérêt pour le monsieur à ses côtés. Après cela, dès que l’on croise un couple multiracial sans enfant, on ne cesse de se poser la question. Par contre, cela ne s’arrête pas aux jeunes femmes, il y a également un important réseau de prostitution homosexuelle qui semble tout aussi cruel. On a aussi vu un Occidental, sur une moto, qui avait pour passager un travesti (des transgenres, on en a vu aussi beaucoup ! Si on n’y prête pas attention, il serait bien possible de s’y méprendre et de prendre le monsieur pour une madame). Il y a quelque chose de scandaleux dans le fait de venir découvrir un pays pour le simple plaisir de venir chercher une satisfaction sexuelle à moindre coût en exploitant sa population. Et ce c’est sans parler de la prostitution infantile...



Nous n’avons que très peu profité de la plage à Hua Hin, puisque Guillaume commençait une sinusite (notre amie la clim’ est devenue synonyme de rhume potentiel. Dans les magasins, les bateaux, les bus, etc., quand les Thaïs mettent la clim’, ils la poussent au maximum. Alors on voyage en manches longues quand derrière la fenêtre du bus il fait 35 degrés !). Nous avons poursuivi notre route jusqu’à Chumphon (par train, le meilleur rapport qualité-prix à date : 1,70 $ pour 4 heures, en 3e classe, assis en plus) afin de se reposer et pour embarquer vers notre destination du jour de l’An : Ko Tao.


À Chumphon, il faut goûter aux beignets que vend cette dame. Ils sont fabuleux !

L’île nous semblait être le highlight de notre séjour en Thaïlande, un lieu sauvage, reculé, idyllique pour la plongée et le snorkelling sans parler des plages de sable blanc et des eaux cristallines. Dès l’embarquement au port, nous avons commencé à désenchanter. Le catamaran, le Lomprayah, était surchargé, trop de touristes, trop de bagages (nous n avions amené que notre petit sac, heureusement) et pas assez de places assises pour la traversée d’une heure trente. Plusieurs personnes étaient debout au deuxième étage. En quittant le port, la mer n’était pas au calme plat, bien au contraire. Elle se déchaînait et le bateau, lui, avait un horaire à respecter et n’allait certes pas ralentir sa vitesse pour accommoder les caprices de dame nature. Vingt minutes après le départ, plusieurs personnes montraient des signes de mal de mer (nous y compris). Les vagues faisaient tanguer le bateau de gauche à droite et la vitesse excessive d’en avant vers l’arrière et c’est sans compter les bagages qui, à l’extérieur, étaient détrempés ainsi que les pauvres personnes n’ayant pu obtenir un siège ! Certaines ont pensé trouver refuge à l’intérieur, mais elles se sont vite ravisées tant l’air climatisé était au maximum. Pendant que les bagages faisaient l’aller-retour sur le pont avant, notre cœur en faisait tout autant. Puis, une première personne a vomi et c’est alors que le concert a commencé. Partout, les gens étaient malades, impossible de rester passibles devant ce bal de vomissements (on se serait cru dans un film d’horreur ou dans Le petit monstre II), l’équipage nous a alors tendu des sacs à vomi. Aucun des membres de l’équipage ne s’est montré compatissant ou nous a avertis que la traversée serait pour le moins houleuse. Pendant donc plus d’une heure, nous avons vidé nos trippes (Julie) ou nous avons été étourdis et blêmes (Guillaume). Par contre, nous sommes arrivés à destination à l’heure requise ! À la sortie du bateau, Julie, blême sous le soleil de plomb, s’est écriée : "Rappelle-moi de ne plus jamais aller sur les îles !"...


Lessivés et faibles en débarquant sur l’île, nous avons eu une autre surprise. L’île paradisiaque sauvage n’avait rien de sauvage du tout. Le seul truc « sauvage », c’étaient les touristes. Des montagnes d’Occidentaux. L’île parle sans doute toutes les langues du monde, mais la moins entendue est sans aucun doute le thaï. Le centre-ville était plus encombré que le pont Jacques-Cartier à l’heure de pointe et l’urbanisme nous donnait envie de vomir (et c’est peu dire quand on sait que l’on vient de passer la dernière heure à vider son estomac). En arrivant à notre hôtel (le Freedom Beach Resort), nous avons pu constater que l’endroit est des plus magnifique (le lobby est très bien, le reste manque nettement de finition), logé dans une petite baie isolée et entouré de plages aux eaux cristallines. Notre bungalow (le T11) a une vue sur la mer. Bref, nous sommes enchantés du bungalow, même si celui-ci est sommaire et qu’il aurait bien besoind’une couche de peinture et d’isolant. Nous étions heureux puisque nous sommes venus ici pour profiter du soleil et non de la chambre.



La vue depuis notre bungalow.
Nous allons manger au village, question de remplir nos estomacs après la dure épreuve du bateau. Nous pouvons alors constater que l’île a été sacrifiée au tourisme et qu’il ne subsiste à peu près plus rien d’authentique (c’est même l’usine partout où l’on va : bateau, hôtel, restaurant, etc.). Même les Thaïs ont perdu leur légendaire sourire et leurs bonnes manières (tout comme les touristes qui croient que l’île leur appartient). En plus, tout est une fois et demie plus cher qu’ailleurs et ce n est pas uniquement en raison de l’éloignement. Les Thaïs ont compris que les touristes avaient de l’argent et ils en profitent allègrement. Ils les essorent jusqu’au dernier baht. Sinon, la plage de notre hôtel est calme, mais pas très propre et il y a des gros cailloux dans le fond de l’eau. Par chance, il y a une deuxième plage plus belle à la gauche de la première. Mais nous n’en avons pas profité les deux premiers jours, car il faisait gris et que Guillaume avait toujours sa sinusite.







Le plus gros hic de notre séjour est venu le premier soir quand nous sommes rentrés de souper. Nous nous sommes alors aperçus que nous n’étions pas les seuls locataires du bungalow, il y avait aussi des coquerelles ! Nous en avons donc fait la chasse et les avons noyées dans la toilette. Nous avons mieux rangé nos effets personnels et avons dormi sous la moustiquaire afin de nous protéger et des moustiques (gros comme des bourdons) et d’un éventuel retour des nos colocataires indésirables. À notre réveil le lendemain, nous avons eu une autre surprise, deux lézards avaient pris place sur les murs de la salle de bain ! Nous nous sommes dit que c’était le prix à payer pour être aussi bien situés. Guillaume a baptisé le plus gros des lézards « Raymond » et tous les jours suivants il nous a fait l’honneur de sa présence. Dans notre souvenir, les lézards se nourrissaient des bibittes, ils nous débarrasseraient peut-être aussi des coquerelles… En fait, ils n’ont rien de dérangeant. Ils restent sur le mur du bungalow ou sur celui de la salle de bain et ils attendent. On a alors tout le temps de les regarder et de voir qu’ils sont super gros, vraiment beaux et colorés, et surtout inoffensifs.


Le kit pour aller chasser la coquerelle.
Le deuxième soir, ELLES (nos amies les coquerelles…) sont revenues. Nous avons peaufiné notre façon de les traquer : avec un seau d’eau à moitié plein et un balai avant de les flusher dans les toilettes (il faut préciser ici que pour tirer la chasse d’eau, il faut ajouter de l’eau à la chaudière et nous en avons mis des tonnes pour s assurer qu’elles disparaîtraient). Le troisième soir le même manège a recommencé sauf que cette fois, nous en avons retrouvé dans le lit ! L’heure de glas a sonné. Nous sommes allés nous plaindre à la réception. Nous avons demandé à être changés de bungalow. Malheureusement l’hôtel affichait complet (puisque nous sommes dans la périodes des vacances de Noël), nous avons donc été obligés de leur demander de changer les draps et de nettoyer la chambre (il était impensable de changer d’hôtel, l’île entière affichait complet et nous ne pouvions pas reprendre le bateau pour la même raison). Le ménage a été fait, et du produit anti-insectes a été vaporisé dans la chambre… mais sans que cela donne de résultat. Une coquerelle est tombée du plafond quelques instants plus tard, s’écrasant sur la moustiquaire… C’en était trop, nous avons décidé de prendre les draps neufs et les oreillers et d’aller dormir sur les chaises-longues au bord de la plage ! Avant de débarquer sur la plage avec notre kit de nuit, nous sommes passés par le lobby pour avertir de notre déménagement, mais le jeune vigile de nuit était trop occupé à surfer sur le Web qu’il nous a à peine entraperçus. Et de toutes façons, il aurait dit « Yes, yes » sans rien comprendre à ce qu’on venait du lui dire.
Pendant la période des Fêtes, il y avait égalent un festival de musique électronique extérieur pendant quatre jours. De la musique non-stop, 24h/24, qui, portée par le vent, nous offrait des rythmes électroniques en permanence. Disons que cette nuit-là (la nuit du 1er au 2 janvier) a été très courte entre le combat avec les coquerelles, la plainte à l’hôtel (avec leur anglais plus qu’approximatif), les femmes de ménage, notre inspection, la décision de coucher sur la plage, la musique, les allées et venues des autres bungalows (nous avons assisté à une superbe scène de ménage pleine de « Fuck you » non loin de nos chaises-longues. Nous étions aux premières loges), l’inconfort des chaises en bois, les moustiques et la peur de devoir passer une autre nuit ainsi (sans parler de la peur de voir surgir une coquerelle à tout instant). Le lendemain matin, à la première heure, nous sommes allés répéter notre demande de changement de bungalow. Il faut dire que le service à la clientèle est inexistant en période achalandée. Par chance, puisque nous étions le 2 janvier, les gens commençaient à quitter et nous avons pu obtenir un bungalow exempt de locataires indésirables (le bungalow F6). Nous semblons être les seuls à en avoir eues, tous ceux à qui nous en avons parlé n’avaient rien dans le leur.
En ce qui concerne notre 31 décembre, il s’est bien déroulé. Nous avons été dans un restaurant au bord de l’eau mangé un steak (ou ce que les Thaïs appellent un steak) en buvant du vin. Guillaume leur a appris à ouvrir une bouteille de vin puisqu’ils ne savaient pas comment se servir d’un ouvre-bouteille. Quand le bouchon a été sorti de son goulot et que le « pop ! » s’est fait entendre, le staff de l’hôtel a même applaudi à cette magistrale démonstration. Preuve que les Thaïs ne connaissent rien au vin, la serveuse nous a apporté un verre plein de glace pilée pour rafraîchir nos verres, comme on le fait avec un jus de mangue. Mais elle ne semblait pas savoir qu’il est peu usité de mettre de la glace dans son vin. Nous étions aux premières loges pour observer les feux d’artifices et les ballons enflammés (sorte de mini-montgolfières qui se consument toutes seules) lancés dans le ciel par dizaines. Le ciel était rempli de ses petites étincelles orangées, comme des méduses, et le spectacle était vraiment original.
Pour notre dernière journée, nous avons loué un motorbike afin de découvrir les splendeurs touristiques de Ko Tao. C’est super facile à conduire, ce n’est pas cher (même si le litre d’essence sur l’île coûte dix fois plus cher qu’à une station service, mais bon, on n’a pas trop le choix, à moins de vouloir pousser son scooter sous 35 degrés…) Finalement, en quatre jours, nous avons très peu profité de la plage. Guillaume n’a pas pu plonger à cause de sa sinusite et nous n’avons pas fait de snorkelling pour la même raison, mais nous sommes tout de même allés patauger dans l’eau pour nous rafraîchir. L’île de Ko Tao n’a pas été à la hauteur de nos attentes même si les paysages sont magnifiques.




Nous partons maintenant vérifier si Phuket le sera (et Guillaume essaiera de faire de la plongée si sa sinusite disparaît). Parions que nous serons moins difficiles à satisfaire cette fois-ci, tant qu’il n y a pas de coquerelles !