vendredi 20 août 2010

Saveur locale, cucarachas comprises

Après une absence d'une semaine, nous revoilà sains et saufs pour ceux qui se posaient la question. Les connexions Internet ne sont pas toutes à la hauteur de ce qu'elles annoncent, surtout dans les petits villages aux fins fonds de la frontière Bolivie-Brésil.
Une fois l´épisode du pipi de singe passé, nous avons quitté Villa Tunari pour retourner à Cochabamba, puis continuer vers l´est, dans la direction des missions jésuites. À Cochabamba, une des activités touristiques est la visite de la statue du Christ qui surplombe la ville. Dans la plupart des villes que nous avons visitées, un Christ blanc géant protège les habitants. Parfois il est très classique (Cuzco, Cochabamba), et parfois, on en a vu des plus "design" (Tajira, par exemple). Mais le plus haut de la région (et même plus haut que celui de Rio !) est celui de Cochabamba (plus de 35 mètres). Pour y accéder, on prend un téléphérique qui nous mêne tout en haut de la montagne, puis on entre dans le Christ, on monte les escaliers qui lui servent d´entrailles et on a une vue panoramique de la ville. Ça vaut le coup, surtout que visiter Cochabamba ne prend pas des heures, donc ça occupe...


De Cochabamba, nous avons donc pris un bus pour les missions jésuites. Nous avons comencé avec le village de Concepción, à sept heures de bus. Qui dit climat chaud, dit également végétation dense, flore exotique et... faune aussi. Nous avons pu le constater dès notre départ de Santa Cruz pour les missions. Dès que nous avons vu le bus nous menant à Concepción, nous avons eu peur. Un bus qui tombe en lambeaux juste à le regarder. Ouf, le trajet va être long ! Nous étions assis juste derrière le chauffeur. C´est à ce moment que nous avons pu constater que nos impressions semblaient justes. Sur le banc du conducteur était installé un coffre à outils ouvert. Non seulement l´autobus semblait avoir des problèmes mécaniques, mais sur le bord de la fenêtre se promenait une cucaracha (blatte, cafard ou coquerelle, à vous de décider). Elle était en train de tranquillement grignoter le goûter du chauffeur jusqu'à ce que celui-ci s'en aperçoive et la tasse d'un simple coup de main. Jusque-là tout va bien, elle se trouve du côté du conducteur. C'est lorsque nous en avons vu du côté des passagers que nous nous sommes un peu inquietés. Après la deuxième, que nous avons vue de notre côté c'est tout le bus s'est mis à les chercher. Disons que nous avions nos sacs sur nous afin d'être certains de ne pas en transporter en dehors du bus. Sinon, il nous est arrivé de changer de chambre puisqu'il y en avait sur les murs de la chambre, d'en retrouver dans les toilettes publiques des hôtels et de voir des chats en manger. Finalement, nous sommes arrivés sains et saufs à Concepción...
Les Jésuites y avaient installé leur quartier aux XVIe et XVIIe siècles afin d´évangéliser les Indiens. Pour cela, ils avaient fait construire des monastères, et les villages se sont bâti autour, au cours du temps, respectant la couleur et le style du monastère. Cela donne des villages aux couleurs ocres et pastels (les murs sont en chaux, peints ensuite en jaune et orange), comme on peut retrouver dans le Yucatan, au Mexique. L´ambiance n´a rien d´intense, c´est très tranquille et souvent écrasé par une chaleur indolente qui arrête toute vie entre midi et trois heures. Et, pendant que la canicule écrase le village, visiter l´église et la cour intérieure du monastère est vraiment reposant car il y fait frais. En plus, nous n´avons croisé que très peu de touristes. Enfin, à Concepción, le village était relativement propre (comparativement aux tonnes d´ordures qui jonchent le sol ailleurs, dans la rue, sur les routes ou dans les champs...). En effet, les habitants semblaient être des champions du monde du balayage devant leur porte. Ils nettoient méticuleusement leur pas de porte, balaient également les tapis et paillassons, mais jettent ensuite les détritus dans la rue, que le vent emporte ensuite au loin... En tout cas, cette ambiance calme et la couleur de la ville, ajouté à la gentillesse des habitants ont rendu notre séjour vraiment agréable.

Nous avons ensuite continué plus vers l´est à San Ignacio de Velasquez, à quelques kilomètres de la frontière brésilienne. Là, c´est plus ambiance "far west"... La proximité du Brésil fait de cette ville une plaque tournante du commerce de toute sorte d´affaires sans doute louches. Certaines autos n´ont pas de plaque d´immatriculation, afin que le chauffeur mette celle qui l´arrange en fonction du pays où il se trouve. San Ignacio est plus gros que Concepción, mais la place centrale a conservé l´église des Jésuites et les couleurs ocres que sa voisine (quand même à six heures de bus...) avait aussi. Et, tout comme à Concepción, les rues sont faites de terre battue orangée super poussièreuse. Inutile de dire qu´au passage d´une auto, d´un bus ou d´une bourrasque, on est mieux de se protéger le visage sous peine d´éternuements multiples... Pour s´abriter de la chaleur, nous sommes allés nous régaler d´une limonade au marché du village, suivi d´un bon almuerzo composé, évidemment, de poulet, riz et frites (nous parlons maintenant du fameux PAP quand nous allons manger : Pollo-Arroz-Papas, qui compose la très grande majorité de nos repas, incluant certains desayunos...) ainsi que d´innombrables mouches qui s´étaient invitées à notre table.

Le lendemain, nous étions dans un troisième village jésuite, à San José de Chiquitos (les Jésuites trouvaient les Indiens tellement petits, que, pour souligner ce trait, ils ne les désignaient pas sous le terme de "chicos", mais de "chiquitos", appelation qui est restée dans quelques villages de la région). Une des originalités de la ville est qu´elle a une gare qui permet de voyager de la frontière brésilienne jusqu´à Santa Cruz. Ici, nous avons pu admirer les travaux de restauration de l´église mais surtout des appartements des officiels espagnols (gouverneurs, généraux) qui ont laissé la trace de leur passage au fil du temps. Chacun voulant témoigner de son passage et de son époque, des couches de peinture se sont empilées, et, grâce au travail de passionnés de San José, les peintures murales sont exposées et entretenues. On y voit des Jésuites prêchant auprès des Indiens, le portrait d´un gouverneur espagnol, des soldats napoléonniens défilant, et des peintures de soleil, de végétaux, le tout dans un style naïf mais efficace. L´ensemble, peint sur de la chaux, donne un résultat hallucinant, surtout que nous avons eu droit à une visite passionnée de notre ami français, Pierre.
En effet, après notre arrivée à San José de Chiquitos, nous nous sommes retrouvés à manger une glace dans un restaurant appelé Sabor y Arte en suivant le gré de nos pas. Nous y avons rencontré un restaurateur (pour ne nommer que cette facette de sa vie) français, Pierre Martinez. Il est marié à une charmante Bolivienne (pour ne pas dire la Grace Kelly de la Bolivie), Patricia. Dès l'instant où il a entendu notre accent espagnol, il a imméditement entamé la conversation en nous parlant de sa région. Pierre, même s'il est Français d'origine, est plus Bolivien qu'il n'en a l'air. Il voue à sa terre d'adoption un amour qu'il désire partager avec le plus d'étrangers possible. La discussion tombe vite sur l'article d'Éric Clément paru dans La Presse au mois d'avril dernier. Cet article nous avait tout de suite donné l'envie d'aller visiter cette région de la Bolivie. Quelle surprise, Pierre est celui qui a fait, entre autres, visiter au journaliste la région lors de sa venue. Il propose donc de nous faire visiter l'église le lendemain matin, en plus de nous donner de bons conseils sur le coin. Ce soir-là inutile de dire que nous avons fermé le restaurant avec Pierre après avoir terminé nos glaces, bu de la bière et surtout goûté à son délicieux fromage. Le lendemain matin, Pierre est au rendez-vous comme promis. Il doit cependant faire une commission avant de nous faire visiter l'église. Il nous invite à l'accompagner. Nous montons dans sa camionnette en direction de la gare, il doit aller acheter son billet de train (Pierre fait également partie du comité organisateur des différents festivals de théâtre et de musique de la région). Tout au long de la balade, il nous explique la mentalité bolivienne, les traditions, les coutumes, l'organisation sociale, etc. Nous faisons un dernier arrêt à la quincaillerie d'un de ses amis. Ce dernier arrêt sera en fin de compte la grande partie de notre matinée. Après les présentations, nous sommes invités à la maison de son ami. Nous allons enfin voir une vraie maison bolivienne (celles que nous avons vues sont en fait, des maisons-hôtels donc pas très représentatives) ! On nous sert le café et la discussion s'oriente sur les affaires de Pierre. Il est en train de bâtir un projet de wwoofing - Willing Worker on Organic Farms - avec son ami. Nous partons donc voir les travaux de construction de cet "hôtel" nouveau genre sur les terres de son ami (Pierre attend une quinzaine de journalistes de tous les pays la semaine suivant notre départ afin de leur présenter leur projet). Nous visitons donc le futur immeuble, mais surtout l'immensité des terres agricoles de la propriété et les inombrables troupeaux de vaches. Le tout agrémenté des commentaires et de Pierre et de son ami. À la fin de l'avant-midi, Pierre doit retourner au village chercher son fils à l'école. Nous avons donc droit à une visite de l'église en compagnie, probablement, du plus grand admirateur de la région qui soit. En terminant la visite, Pierre nous invite chez lui en milieu d'après-midi afin que nous échangions nos courriels respectifs. Une fois chez lui, nous sommes accueillis par sa femme et son fils dans une maison qui respire la vie, le bonheur et la nature. Pierre nous fait goûter son miel (il a une quinzaine de ruches si ce n'est pas plus chez lui), nous fait le tour de sa propriété en nous donnant encore une fois de judicieux conseils sur la Bolivie, mais aussi l'Amérique du Sud au complet. Cette rencontre a donné une saveur locale, bien précieuse à nos yeux de touristes désireux d'en apprendre davantage sur cette région orientale de la Bolivie.

Sous les conseils de Pierre, nous avons prolongé notre visite en partant de nouveau vers la frontière brésilienne, à Santiago de Chiquitos, village reculé. Si l´église était nettement moins étincelante que celles des trois villages précédents, le village a valu la peine pour son environnement et pour la rencontre que nous avons faite avec Milton, un ancien professeur américain devenu producteur laitier, au look hippie, installé en Bolivie depuis plus de quarante ans.
Une montagne surplombe le village de Santiago, et son ascension vaut vraiment le détour, surtout pour la vue qu´offre son mirador. Après deux heures de marche et de grimpette, nous sommes donc arrivés en haut de la montagne qui surplombe le village, mais aussi la pampa, d´un autre versant.



La vue est vertigineuse, et le plateau, au sommet, est recouvert de mousses sèches mais aussi de sortes de menhirs. Quand le vent s´est levé la prise de photos sur le bord des précipices, est presque devenue périlleuse. Mais en tout état de cause, ça en valait vraiment la peine.



Une chose primordiale, pour qui veut aller visiter les missions, est de retirer suffisamment d´argent à Santa Cruz, faute de guichet automatique dans les missions... De notre côté nous nous sommes retrouvés à devoir compter chaque dépense, à réduire le nombre de repas quotidiens (bye bye les desayunos de pollos !) et à dormir dans les chambres les plus spartiates sous peine de nous retrouver sans le sous et de ne plus pouvoir repartir de Roboré où nous attendait le train pour filer à Santa Cruz. À Santiago, notre chambre, qui ne valait vraiment pas cher, se trouvait dans une cour entourée de quelques cordes afin d´empêcher les ânes, les poules, les chiens, les vaches et les chevaux qui traînent en liberté dans le village, de rentrer sur la propriété. Mais il y avait sans doute un trou quelques part, puisqu´une nuit, un âne s´est mis à braire en face de notre chambre, pendant que le chien du gardien lui aboyait après !
Finalement, après près de 1400 km de route dans les missions jésuites, nous avons rejoint Roboré pour prendre le train qui nous ramenait à Santa Cruz. Le train, moins cher que le bus, nous attirait puisque c´était la première fois, depuis la Machu Picchu, que nous le prenions. Le vendeur, à la gare, nous avait vanté le luxe des wagons, le fait qu´il y avait une télé, etc. Finalement, on a surtout eu droit à l´air climatisé pendant les dix heures de trajet, et une température proche de cinq degrés (au maximum !). Tous les voyageurs disparaissaient sous d´énormes couvertures ou plusieurs couches de vêtements, et les éternuements de multipliaient ! Quant au film promis sur la télé, on en attend encore le début ! Bref, une nuit glaciale qui nous a semblé éternelle !
La place centrale de Santa Cruz.

vendredi 6 août 2010

Comme sur un circuit de Formule 1, les émotions en plus, la sécurité en moins

Les transports en commun font partie de notre pain quotidien. Vu que nous changeons de ville presque quotidiennement, nous nous sommes déplacés grâce à divers moyens : bateau, vélo-taxi, taxi, bus, colectivos, etc. En bus, lorsque nous étions allés à Arequipa, nous avions passé la moitié du voyage avec une vitre brisée, résultat d´un jet de pierre provenant de l´extérieur. Mais l´expérience la plus saisissante est celle des bus et des micros, qui nous ont permis de saisir pleinement à quel point la conduite est, ici, le "sport national extrême" (expression utilisée par un chauffeur de taxi de Cochabamba).
Ainsi, nous sommes revenus de Villa Tunari à Cochabamba en mini-bus. Nous étions sept passagers dans un petit bus pour parcourir les 160 km qui séparent les deux villes. Nous avions déjà pris des bus et étions familiers avec le but ultime de tout conducteur : dépasser, coûte que coûte, le véhicule qui le précède. Que ce soit de nuit, au crépuscule, de jour, sous la pluie, dans le brouillard, sur une route de terre ou en bitume, sur une route avec juste une voie et demie... le but est de dépasser... Alors dans un grand bus, ça va, car on ne voit pas vraiment ce qui se passe devant. Mais dans un mini, on voit ce que voit le chauffeur. C´est hallucinant !
Dépasser..."Adelantar" en espagnol... Ça, on en a dépassé des autos, bus, motos, piétons. Dans des conditions incroyables. Ainsi, une heure après le départ, nous sommes arrivés dans une zone de brouillard extrême (en réalité, ce sont les nuages ! Nous avons traversé d´épais nuages gris pendant une heure avant d´arriver au dessus et de nous retrouver sous un beau ciel bleu. Le spectacle était fabuleux, et surtout nous regardions autre chose que la route et notre conducteur...). Le chauffeur (qui n´avait pas mis sa ceinture... en réalité, on se demande à quoi elle sert, personne ne la met jamais !) n´a rien changé à sa conduite. Il restait toujours à rouler à environ 90 km/h, quel que soit le type de chaussée (gravier ou bitume). Et, pour ne pas nous rassurer, la majorité des véhicules que nous croisions n´avaient pas mis leurs phares alors qu´on n´y voyait rien. Nous n´avions pas dû mettre les nôtres non plus, je suppose.
Le chauffeur mangeait des feuilles de coca d´une main et "textait" de l´autre... et accélerait des pieds ! Et nous, nous n´en revenions pas ! Et il doublait, il doublait... Et des autos ou semi-remorques arrivaient en face, et lui se rabattait au dernier moment, doublant autant qu´il pouvait. Mais rassurez-vous, il n´est pas le seul à agir ainsi... Tous les conducteurs font de même ! Dans une zone de brouillard intense où il était impossible de voir à plus de trois mètres en avant et où nous étions dans une courbe en pente ascendante (sans garde-fou) sur un chemin de terre, il a commencé à doubler un camion, mais une butte de terre est soudainement apparue dans la voie de gauche, forçant ainsi notre chauffeur à se rabattre dans la voie de droite derrière le camion (il a estimé qu´il n´avait pas assez de temps pour terminer sa manoeuvre, il a alors ralenti brutalement pour se rabattre). Mais la route était en terre ! Et la voiture a dangereusement dérapé vers le ravin. Nous avons failli tomber dans le ravin embué qui était à notre droite ! Rien de moins... Bon, le temps d´avaler une autre feuille de coca, et notre homme doublait le camion !
La nuit venue, c´est encore plus épeurant ! En effet, on voit les lumières des voitures dans les deux sens, et on se rend compte que notre Schumacher double alors qu´un convoi de camions arrive dans l´autre sens, à quelques mètres à peine, ou qu´une voiture nous arrive de face en se rabattant au dernier moment ! Mais pour lui, c´est comme un jeu. Il a le sentiment de jouer à la PlayStation, on dirait ! Mais notre nombre de vie est limité... Une fois arrivés en ville, nous croisons quelques feux rouges, censés réguler la circulation. Mais si rien n´est en vue au rouge, les voitures passent. La lumière rouge n´est qu´un outil de décoration, qui met un peu de couleurs sur les routes boliviennes...
Pour les piétons, ce n´est jamais ni le bon endroit, ni le bon moment pour traverser. Alors comme rien n´est fait pour qu´ils traversent, ils passent où ils peuvent, quand ils en sont capables. Et ce même au milieu d´une route nationale. Ils savent qu´aucune voiture ne ralentira pour leur donner une chance, qu´ils vont se faire copieusement klaxonner, mais ils foncent, seuls ou en famille, avec parfois des paquets plein le dos, poussant une brouette pleine de sacs... La conduite, en Amérique du Sud, c´est le Far West. Mais étonnament, on voit peu d´accidents, ou quand on en voit, rien de grave. En ville, c´est la même chose. Traverser est une épreuve olympique. Les voitures passent tant qu´elles peuvent et, si elles sont bloquées dans un embouteillage, leur chauffeur vous fait signe de passer, comme si c´était une faveur. Sinon, soit on passe en force, à nos risques, soit on attend, parfois très longtemps...
Une autre aventure "automobile" nous est arrivée, à Copacabana, à la frontière entre le Pérou et la Bolivie. Nous sommes restés quelques jours dans cette petite ville pour soigner une grosse fin de rhume, et nous en avons profité pour assister à quelques baptêmes, avec prêtres et parents émus. Mais pas des baptêmes traditionnels de bambins de quelques jours... Non, des baptêmes d´automobiles ! En effet, chaque nouveau propriétaire de voiture vient près de l´église, décore sa voiture (images de la Vierge, banderoles colorées, chapeaux en carton sur le dessus de la voiture) et avertit le prêtre (le même que celui de l´église voisine !) que la cérémonie peut commencer. Et on vient du Pérou pour cette procession unique ! Le rituel veut donc que le prêtre marmonne d´abord quelques mots pendant que les propriétaires regardent le sol, le mains jointes, en priant. Puis, muni d´une baguette fleurie imbibée d´eau, il arrose la carrosserie, en allant toujours de droite à gauche, et en tournant autour de l´auto. Celle-ci est donc baptisée quand le prêtre en a fait le tour, mais certains propriétaires ouvrent le capot, le coffre, les portes, pour que les moindres recoins de leur progéniture de fer soit protégée par les actes du prêtre. Une fois le prêtre payé et parti, les propriétaires terminent le rituel en achetant qui de la bière, qui du champagne, et arrosent à leur tour la voiture, et en en faisant bénéficier leur voisin, et parfois même le prêtre qui s´active déjà auprès d´une autre auto. Comme quoi, la voiture, en Amérique du Sud, est l´objet de toutes les attentions !
Heureusement, notre expérience en Bolivie ne se limite pas aux transports ! À La Paz, nous sommes tombés sur une ville vraiment hospitalière, où les gens nous ont renseignés avec le sourire. Pour une grosse ville sud-américaine, quelle surprise géniale ! De manière générale, nous avons pu profiter de la jovialité des Boliviens et de leur apparent bonheur de vivre. Nous avons donc prolongé notre séjour dans la capitale bolivienne. La ville, en tant que telle, est une succession de rues pentues, pleines de marchés spécialisés (voir la photo ci-dessous des foetus de lamas). Et pour les gravir, il faut du souffle ! Plusieurs fois, nous avons dû multiplier les pauses lors de l´ascension d´une des "calles". Et, parfois, des grands-pères nous donnaient une tape dans le dos, nous voyant souffler, pour nous demander si tout allait bien ! Inutile de dire qu´après ce type d´ascension, une fois passées les Andes et revenus à une altitude plus basse, nous pourrons nous attaquer à n´importe quel trek ! Comme à Villa Tunari, par exemple. Nous nous sommes rendus dans ce village pour visiter le Parque Machia. Ce parc recueille des singes, des oiseaux de tout genre et même des pumas qui appartenaient auparavant à des particuliers ou même à des cirques. Ces animaux sont devenus domestiques et le parc leur apprend à redevenir sauvages. Et ça peut prendre du temps. La balade dans le parc dure environ trois heures, dans un environnement de jungle. Une forêt très verte, touffue, où on entend des cris de singes et des chants d´oiseaux.
La guide nous a avertis, au préalable qu´il ne fallait toucher à aucun animal. Elle nous mettait en garde contre les singes, qui viennent vers les visiteurs, leur grimpent après et leur font parfois les poches. Nous commençons donc la balade en allant dans le sentier des singes. Et, très vite, nous en entendons plein et en levant la tête, nous en voyons une multitude se balançant de branches en branches. Ce sont surtout des capucins, de tout petits singes au visage très expressif. Nous nous arrêtons pour les regarder, et, à un moment, nous en apercevons un qui boit à un ruisseau par dessus lequel nous passons. Par jeu, j´imite (Guillaume) le cri du singe, et le capucin s´arrête de boire, retourne sa tête, me regarde, monte sur le petit pont sur lequel nous nous tenons... et commence à saisir ma jambe droite et me grimpe dessus !
Je le laisse faire, et rapidement, le voici sur ma tête, à ma grande joie car le petit mammifère a l´air doux et affectueux. Il passe du dessus de mon crâne à mon cou pendant que nous continuons la balade. À un moment, il saisit des feuilles dans un arbre et, pour rigoler, j´ouvre la bouche faisant mine que j´ai faim.... et le singe me fourre la verdure dans la bouche, comme si j´étais son petit ! Il s´est vraiment pris d´affection pour moi ! Peu après, nous croisons une famille bolivienne dont une des filles porte un petit bracelet coloré qu´elle tend au capucin. Le petit animal s´en saisit et se met à l´inspecter, à le mettre dans sa bouche, tout en restant perché sur moi. Car il ne veut plus partir, même quand j´essaie de lui montrer un arbre ou que Julie essaie de s´en saisir. Il s´accroche avec sa queue à mon cou et afin d´être certain de ne pas tomber... Impatient de le voir s´en aller et surtout incapable de m´en déssaisir, nous allons à la rencontre de deux gardiens. Nous leur expliquons que le capucin est devenu pour le moins collant et que nous souhaitons qu´il descende. Les deux hommes s´affairent à essayer de l´ôter de mon cou, mais rien y fait. Ils tirent, feignent, mais rien. Le capucin reste accroché à mon cou. Et, soudainement, je vois Julie qui rit et me crie : "Il est en train de te faire pipi dessus !"... et au bout de quelques secondes, je sens un jet chaud dans mon cou puis le long de mon dos... Le capucin a marqué son territoire... mais ne souhaite vraiment pas descendre. Les deux gardiens, tout sourire, nous indiquent d´aller voir un troisième gardien, qui saura sans doute m´aider... Nous filons le voir et celui-ci, ni une ni deux, lui montre son bras, et mon compagnon s´en va, la vessie vide, me laissant avec une sensation de chaud dans le dos...
Nous pouvons donc continuer la balade jusqu´au sommet du parc qui surplombe la vallée et la ville de Villa Tunari. En route pour Santa Cruz !

vendredi 30 juillet 2010

Aventures sur les bords du lac Titicaca

Après Cuzco la trop touristique, notre arrivée à Puno, sur les bords du lac Titicaca, nous a semblé un vrai bonheur d´authenticité. Mais pour commencer, un petit aparté sur la musique dans les transports en commun et dans la vie de tous les jours...

Nous avons pris de nombreux bus de nuit, des colectivos et des taxis, et la musique y est omniprésente. Mais la musique, au Pérou, c´est la musique qui vient du "corazon", qui parle de l´"amor" de la "cariño", qui évoque la difficulté d´être "tan lejos de ti" sans quoi "no sé que siñifica vivir"... Au bout de deux heures, on maîtrise le vocabulaire sentimental et on trouve la déclaration d´amour de Roméo à Juliette bien fade... De nombreuses radios se sont lancées dans le créneau du romantisme, mais quand on est hot, on écoute... Radio Ritmo Romántica - Tu Radio de Baladas. C´est le must pour qui veut connaître les derniers morceaux à la mode, pour qui veut se préparer au karaoké ou pour qui souhaite rédiger sa déclaration d´amour. Nous nous sommes même surpris, parfois, à fredonner un morceau qui passait pour la quatrième fois en une heure... Ce qui nous a le plus étonné, c´est le supra-romantisme des Péruviens dans la musique. Un romantisme démesuré, vu que 99% des chansons que nous avons entendues dans la rue, dans les restaurants, à la TV comprenait au moins un de ces mots ou une de ces expressions (mais géneralement tous dans la même phrase) : "corazon", "amor", "sin ti", "¿solo como vivir?"... Bref, un clic sur le site de Radio Ritmo Romántica, et vous vivrez au rythme musical de notre voyage...
Au premier coup d´oeil, nous avons beaucoup aimé Puno. Une ville plus petite que Cuzco, située à 3800 mètres d´altitude, sur les bords du mythique lac Titicaca. Le tourisme y est moins développé, et on y parle espagnol mais aussi quetchua et d´autres langues pré-espagnoles. On est loin de l´anglais, langue officielle de Cuzco. La ville en tant que telle, n´a rien d´ancestral à offrir, mais elle est simple et reposante. Alors ça nous a fait du bien après la course de la semaine dernière, entre le Machu Picchu et la vallée sacrée des Incas.
Notre premier souhait, ici, était d´aller visiter les îles du lac. Trois d´entre elles sont visitables facilement : Uros, Amantani et Taquile. Et, clou de la visite, on peut dormir chez une famille à Amantani, dans des conditions, selon les guides, mémorables ! En outre, nous avions vu un reportage de Bruno Blanchet sur les îles artificielles d´Uros puis à Amantani (avec les familles), qui nous avait donné envie. Alors on s´est dits qu´on y allait... Nous avons donc réservé 2 billets pour 2 jours sur les îles du lac. Mais, comme nous ne partions que 2 jours plus tard, nous avons décidé d´aller faire un tour sur la lagune de Sillustani, à une heure de Puno.
Sillustani, c´est la pampa, comme dans un film de Sergio Leone... De très vastes étendues plates d´herbes rases et crâmées par le soleil, des lamas et quelques vaches et moutons, des maisons en terre et une vaste lagune. Le tout, sous un soleil bleu azur, c´est fabuleux. Ça a des allures d´Irlande et notre guide, le flamboyant Léo nous en a offert la balade. Visite de ruines incas, de tombes ancestrales, et Léo qui nous contait passionnément l´histoire de ses ancêtres quetchuas et de ses rites. La visite nous obligeait à monter en haut d´une colline perdue au milieu d´une plaine silencieuse. D´un bord, la pampa, et de l´autre la lagune et ses îles surprenantes. Quand nous sommes arrivés au bord de cette lagune, nous en avons été pour un autre "¡Hola cinco!" tant nous étions séduits par ce paysage. Près de trois heures de marche et le soleil a commencé à se coucher. Et quand le soleil se couche, il fait très vite froid ! Nous avons donc continué, vêtus de nos tuques, écharpe et mitaines et Léo nous a emmené visiter une famille qui produisait, comme tant dans le coin, une des 300 variétés de patates péruviennes, du fromage et de l´artisanat "lamanesque" (vêtements en alpaca, poupées en laine de lamas, etc.). Et donc, nous avons revu des lamas de toutes les couleurs et de tous les âges, que nous avons pu manipuler à notre guise. Sillustani nous mettait donc en appétit pour le lendemain...



Dimanche 25 juillet au matin, un bus est venu nous chercher à notre hôtel. Direction le port de Puno et notre premier contact physique avec le lac Titicaca. Nous sommes une quinzaine de touristes à tenter l´aventure de l´immersion insulaire. Et notre guide, pour ces 2 jours n´est autre que... Léo ! "¡Hola cinco!". Notre bateau nous emmène tout d´abord pour les îles artificielles d´Uros. Articifielles, car elles sont construites depuis des siècles par leurs habitants. Ils les font grâce à un savant montage de tourbe, de roseaux et de cordes, qui permet à cet assemblage de flotter et de supporter 3 ou 4 familles dessus. Les îles mesurent près de 60 mètres de long sur une vingtaine de large, et les familles y vivent. Un coin du lac Titicaca, au large de Puno, est occupé par ces nombreuses îles. Léo nous explique leur origine, nous montre comment l´artisanat local s´est développé et nous présente certains de ses habitants. Chacune a un chef, et les îles ont un "alcalde", un maire. Il y a une école publique, une privée, un dispensaire médical... et tout pour satisfaire la curiosité des touristes. Car oui, les îles d´Uros subsistent grâce aux touristes. Elles bénéficient d´un statut fiscal particulier, puisqu´elles ne paient pas d´impôts... mais en échange, le gouvernement ne paie rien pour eux. Et comme elles ont besoin de sous, ce sont les touristes qui sont là pour garnir les portefeuilles. Ainsi, en échange d´une petite propina de quelques soles, une famille nous fait visiter sa minuscule maison de bambou, nous explique comment elle y vit, et nous incite à lui acheter un souvenir. Ensuite, le tour de bâteau, en bambou, "offert" par le village s´avère finalement payant... Les îles flottantes sont surprenantes, mais très touristiques (le flot de touristes ne cesse jamais !)... Oups, ça prenait des allures détestables, mais nous quittons vite pour 3 heures de bâteau en direction d´Amantani, où notre famille d´accueil nous attend. Et là, le show peut commencer...
Peu avant midi, nous arrivons donc à Amantani. Nous débarquons et des femmes nous attendent. Ces "mamas", comme nous les présente Léo, sont nos hôtes. Elles sont toutes vêtues d´un habit traditionnel de l´île (foulard noir, haut multicolore, jupe foncée) et nous attendent. Tour à tour, Léo attribue une mama à des groupes de 2 à 3 touristes. Pour nous, ce sera Cynthia (ça ne fait pas très quetchua comme nom, mais bon, elle s´appelle comme ça... et sa mère, on a crû comprendre qu´elle s´appelait... Fabienne !). Léo nous a donné un papier sur lequel il a écrit quelques mots quetchuas que nous pourrons dire à nos familles. Nous bredouillons donc un "Allin Punchay" ("Bonjour") à Cynthia, puis "Nukaj sutiymin Julie y Guillaume" pour montrer que nous avons appris notre leçon de quetchua. Elle nous répond en espagnol... Ouf ! Donc nous parlerons espagnol avec elle.
Rendus devant chez elle, après l´ascension d´un chemin en cailloux, nous découvrons une petite cour en terre, avec quelques portes autour. À gauche, la cuisine où l´on mange aussi, à droite, les toilettes, sans eau, mais avec des toilettes (nous n´avons jamais compris pourquoi les toilettes avaient une chasse d´eau, vu qu´elle ne peut pas servir et que pour vider les toilettes, il faut vider un seau d´eau dans le trou... Quant à l´évier, l´eau ne coule jamais de son robinet... Clou du spectacle, il y avait aussi une douche... mais bon, inutile de compter sur l´eau froide, encore moins sur la chaude !) et en haut, notre chambre. Nous empruntons donc un escalier archi-raide en bois, qui ne tient que par un clou et qui branle à chacun de nos pas et qui donne sur quelques planches de bois qui font office de patio. La première porte à gauche, c´est notre porte. La porte fait... 1 m 50 de haut environ et nous risquons de nous y fracasser la tête à chaque passage. Nous déposons nos affaires sur un des trois lits simples (et qui sont l´unique composition de la chambre...) et redescendons dans la cuisine par l´escalier de la mort... En bas, nous entrons dans la cuisine (la porte fait aussi 1 m 50 de haut...). Celle-ci est une pièce en terre, au sol, avec une table, des bancs en bois recouverts de draps qui n´ont jamais été lavés. Deux petites fenêtres offrent de la lumière mais pour les ouvrir, il faut enlever ce qu´il y a devant : un tube de dentifrice (la brosse à den qui va avec est sous le banc, par terre, dans la terre...), une boîte de fer et d´autres objets non identifiés. Sur le sol, mange un agnelet domestiqué du nom de Pancho, et Fabienne est au fond de la pièce, s´activant à mettre des herbes sèches dans le foyer pour faire chauffer notre repas. Cynthia mange dans un autre coin de la cuisine, la tête plongée dans son bol de soupe. Comme nous l´avait indiqué le guide, nous remettons notre cadeau à notre famille d´accueil (un paquet de sucre, un autre de riz et un paquet de bonbons, au cas où il y aurait eu un enfant, mais c´est louppé, il n´y en a pas... Cynthia et sa maman pourront en profiter). Nous demandons si nous pouvons aider et Fabienne nous répond, mais en quechua. En fait, elle parle principalement cette langue, incompréhensible pour nous, malgré la feuille que nous a offerte Léo avec quelques mots et malgré notre bonne volonté. Sa fille se retourne et nous tend 2 assiettes et des ustensiles. Nous comprenons donc que nous mangerons seuls... Alors nous mettons la table et quelques minutes après, Cynthia nous sert une soupe au kinoa (nous connaissons bien, nous en mangeons très souvent dans les cantines des villes où nous séjournons). Nous commençons à manger le breuvage et c´est... vraiment très bon ! Nous invitons Fabienne à venir manger à notre table (elle mangeait la tête dans le foyer) et elle se joint à nous, mais les sujets de conversation sont peu nombreux, vu qu´elle parle à peine espagnol et que nos univers de vie sont au moins aux antipodes... Cynthia traduit et nous apprenons donc que Pancho boit du lait, que Cynthia va à l´école et que le mari est parti vivre à Lima avec une autre... Après la soupe, Cynthia nous sert une montagne de patates avec un morceau de fromage. Là encore c´est super bon, mais un peu sec (les patates sont cuites, mais ni salées et il n´y a pas de matière grasse...) Et en guise de dessert, nous auons droit à une tisane de muña, une sorte de menthe... Petit détail important que Léo nous avait donné : à Amantani, toutes les familles sont végétariennes. Pas de viande, pas de poisson... Pas de poisson alors que nous sommes sur une île... En fait, c´est une tradition, mais surtout le lac a tellement été pollué que beaucoup de poissons sont morts et qu´il a fallu importer des truites du Canada pour le repeupler !
Après ce bon repas, notre "mama" nous conduit au terrain de football de l´île. Il est environ 15 heures et nous devons faire l´ascension de la montagne Pachamama (4200 mètres, soit 200 mètres de dénivelé) pour assister au coucher de soleil. En attendant les autres membres de groupes et leurs mamas, je joue au foot avec 3 jeunes du village... Après avoir touché 4 fois le ballon, je décrète que la mi-temps est sifflée... Jouer si haut, c´est assez épuisant ! Une fois les autres arrivés, nous commençons notre ascension. Derrière nous, le lac, de plus en plus immense au fur et à mesure que nous montons. Derrière lui, nous percevons des sommets enneigés et la Bolivie. C´est splendide, mais rien comparé à ce qui nous attend.
Notre groupe se réduit au fur et à mesure que nous grimpons. Nos pauses se font de plus en plus nombreuses. Vers 17h30, nous arrivons au sommet. Devent et derrière nous, le lac, et des îles et des montagnes. Et le soleil, de plus en plus rouge. Au sommet de la montagne, la langue à terre, nous assistons, devant nous, au plus beau des couchers de soleil... et derrière nous, au plus beau des levers de pleine lune ! Une grosse lune, bien joufflue ! Nous ne savons où regarder... Le soleil se couche, orange puis rouge, puis disparaît et à la seconde de son coucher, il fait très froid ! Nous mettons notre panoplie andine et nous tournons vers la lune. Léo, qui nous a guidés, siffle la fin de la sortie et nous incite à vite redescendre, car il va vite faire nuit. Alors nous revenons sur nos pas, la lune en face de nous, une grosse lune qui se reflète dans le lac. Wow ! Quel spectacle ! Avec nos mains gantées, nous revoilà à faire un "¡Hola cinco!".


Notre mama nous attend en bas, au terrain de foot. Nous rentrons donc à la maison pour le souper. Il est 18h30 et selon Léo, à 19h, nous devons manger. Cynthia nous a demandé d´attendre dans notre chambre. Nous attendons. Et il fait très froid (car il n´y a pas de chauffage). Nous décidonc d´attendre sous les couvertures. À 19h, personne n´est venu nous chercher et nos kinoa et patates sont digérées depuis belle lurette... Nous trépignons, faisons du bruit pour être sûrs de ne pas être oubliés. En bas, dans la cuisine, aucun bruit !... Le temps est long surtout qu´à 20h, nous sommes attendus pour une grande fiesta organisée en notre honneur, avec habits traditionnels de rigueur. Et il est hors de question de louper cet événement !
Après une attente qui nous semble interminable, Cynthia vient nous chercher. Nous sommes transis de froid sous les couvertures, mais rassurés de ne pas avoir été oubliés... Dans la cuisine, nous mangeons tout emmitouflés, à la lueur d´un néon blafard au plafond. Fabienne nous a préparé une autre soupe, de patates, cette fois, avec du riz et des patates comme plat de résistance. Le dessert est le même qu´à midi, soit une tisane de menthe. Mais vu la température pôlaire, nous l´acceptons volontiers. Nous n´avons même pas le loisir d´inviter nos hôtes à notre table, ils ont quitté la cuisine... Nous quittons donc la table et Cynthia vient nous voir, dans la noirceur de la cour, pour nous donner nos vêtements de bal...
Dans notre chambre, elle couche sur le lit le pancho et la tuque typique andine (pour les hombres) et une jupe jaune, une autre rouge, une blouse avec des motifs et une ceinture multicolore (pour les señoras)... Une fois le tout mis, Cynthia nous escorte vers la salle des fêtes d´Amantani... Nous reprenons donc le chemin de dehors et il fait froid. Après 5 grosses minutes de marche, nous y voici... Les locaux sont là et les touristes ! Car le bal est fait pour les gringos. Un orchestre traditionnel nous attend pour jouer les airs les plus populaires du lac Titicaca (mais comme ils ne passent pas sur Radio Ritmo Romántica, on ne peut pas les fredonner...). Nous voici donc dans la salle. Toutes les mamas ont accompagné leurs hôtes et quand l´orchestre se met à jouer, c´est le délire total... Les mamas accourent vers leurs gringos pour commencer la danse... Le pas est très basique (pas plus de 2 temps, on balance les bras de gauche à droite, de droite à gauche, d´avant en arrière et d´arrière en avant, et on peut parfois varier la chorégraphie, en faisant tourner la partenaire...) et surtout très répétitif... Le dernier morceau a duré environ 15 minutes, et chaque fois que nous pensions que c´étaot fini, que le refrain entonnait la fin du morceau... ça recommençait ! En tout, le bal a duré 1h30. Ce fut épuisant pour les bras, et très frustrant. En effet, à chaque fois que Cynthia est venu danser soit avec moi (Guillaume) soit avec nous, elle ne nous a jamais regardés ! Pis encore, dès que le morceau s´achevait, elle filait ricaner avec ses amies mamas... Mais bon, au moins, cela nous aura réchauffé, nous aurons paradé en habits traditionnels, et dansé comme le faisaient les insulaires il y a déjà bien longtemps.



Après ces efforts, mama Cynthia nous ramena à la maison et nous fait un "Buenas noches" expéditif avant de diparaître dans ses quartiers. Nous remontons donc nos escaliers raides et, une fois dans la chambre, mettons notre pyjama le plus chaud, vu qu´il doit faire un bon 10 degrés dans la chambre. Heureusement qu´il y a 3 couches de couvertures.
Le lendemain, comme notre bateau quitte l´île vers 7h30, nous sommes conviés pour le desayuno vers les 7 heures. Nous nous attendons à manger une troisième soupe en autant de repas chez nos hôtes, mais Cynthia et sa mère nous ont préparé 2 grosses crêpes vraiment bonnes (avec la même tisane qu´aux deux repas précédents...). Nous ne pouvons leur parler vu que toutes les 2, une fois nos assiettes servies, ont quitté la maison pour ramasser des patates dans le jardin. Alors nous mangeons seuls puis allons nous laver dans les mini-toilettes, avec de l´eau glaciale. Sur les coups de 7h30, nous disons au revoir à Pancho et à Fabienne, puis Cynthia nous ramène au port. Notre groupe nous attend, avec la même aventure à raconter...
Pour nous, c´est sur cette épopée familiale que s´achève le Pérou. 4 semaines pleines de couleurs et de souvenirs. Maintenant, en route vers la Bolivie !