vendredi 6 août 2010

Comme sur un circuit de Formule 1, les émotions en plus, la sécurité en moins

Les transports en commun font partie de notre pain quotidien. Vu que nous changeons de ville presque quotidiennement, nous nous sommes déplacés grâce à divers moyens : bateau, vélo-taxi, taxi, bus, colectivos, etc. En bus, lorsque nous étions allés à Arequipa, nous avions passé la moitié du voyage avec une vitre brisée, résultat d´un jet de pierre provenant de l´extérieur. Mais l´expérience la plus saisissante est celle des bus et des micros, qui nous ont permis de saisir pleinement à quel point la conduite est, ici, le "sport national extrême" (expression utilisée par un chauffeur de taxi de Cochabamba).
Ainsi, nous sommes revenus de Villa Tunari à Cochabamba en mini-bus. Nous étions sept passagers dans un petit bus pour parcourir les 160 km qui séparent les deux villes. Nous avions déjà pris des bus et étions familiers avec le but ultime de tout conducteur : dépasser, coûte que coûte, le véhicule qui le précède. Que ce soit de nuit, au crépuscule, de jour, sous la pluie, dans le brouillard, sur une route de terre ou en bitume, sur une route avec juste une voie et demie... le but est de dépasser... Alors dans un grand bus, ça va, car on ne voit pas vraiment ce qui se passe devant. Mais dans un mini, on voit ce que voit le chauffeur. C´est hallucinant !
Dépasser..."Adelantar" en espagnol... Ça, on en a dépassé des autos, bus, motos, piétons. Dans des conditions incroyables. Ainsi, une heure après le départ, nous sommes arrivés dans une zone de brouillard extrême (en réalité, ce sont les nuages ! Nous avons traversé d´épais nuages gris pendant une heure avant d´arriver au dessus et de nous retrouver sous un beau ciel bleu. Le spectacle était fabuleux, et surtout nous regardions autre chose que la route et notre conducteur...). Le chauffeur (qui n´avait pas mis sa ceinture... en réalité, on se demande à quoi elle sert, personne ne la met jamais !) n´a rien changé à sa conduite. Il restait toujours à rouler à environ 90 km/h, quel que soit le type de chaussée (gravier ou bitume). Et, pour ne pas nous rassurer, la majorité des véhicules que nous croisions n´avaient pas mis leurs phares alors qu´on n´y voyait rien. Nous n´avions pas dû mettre les nôtres non plus, je suppose.
Le chauffeur mangeait des feuilles de coca d´une main et "textait" de l´autre... et accélerait des pieds ! Et nous, nous n´en revenions pas ! Et il doublait, il doublait... Et des autos ou semi-remorques arrivaient en face, et lui se rabattait au dernier moment, doublant autant qu´il pouvait. Mais rassurez-vous, il n´est pas le seul à agir ainsi... Tous les conducteurs font de même ! Dans une zone de brouillard intense où il était impossible de voir à plus de trois mètres en avant et où nous étions dans une courbe en pente ascendante (sans garde-fou) sur un chemin de terre, il a commencé à doubler un camion, mais une butte de terre est soudainement apparue dans la voie de gauche, forçant ainsi notre chauffeur à se rabattre dans la voie de droite derrière le camion (il a estimé qu´il n´avait pas assez de temps pour terminer sa manoeuvre, il a alors ralenti brutalement pour se rabattre). Mais la route était en terre ! Et la voiture a dangereusement dérapé vers le ravin. Nous avons failli tomber dans le ravin embué qui était à notre droite ! Rien de moins... Bon, le temps d´avaler une autre feuille de coca, et notre homme doublait le camion !
La nuit venue, c´est encore plus épeurant ! En effet, on voit les lumières des voitures dans les deux sens, et on se rend compte que notre Schumacher double alors qu´un convoi de camions arrive dans l´autre sens, à quelques mètres à peine, ou qu´une voiture nous arrive de face en se rabattant au dernier moment ! Mais pour lui, c´est comme un jeu. Il a le sentiment de jouer à la PlayStation, on dirait ! Mais notre nombre de vie est limité... Une fois arrivés en ville, nous croisons quelques feux rouges, censés réguler la circulation. Mais si rien n´est en vue au rouge, les voitures passent. La lumière rouge n´est qu´un outil de décoration, qui met un peu de couleurs sur les routes boliviennes...
Pour les piétons, ce n´est jamais ni le bon endroit, ni le bon moment pour traverser. Alors comme rien n´est fait pour qu´ils traversent, ils passent où ils peuvent, quand ils en sont capables. Et ce même au milieu d´une route nationale. Ils savent qu´aucune voiture ne ralentira pour leur donner une chance, qu´ils vont se faire copieusement klaxonner, mais ils foncent, seuls ou en famille, avec parfois des paquets plein le dos, poussant une brouette pleine de sacs... La conduite, en Amérique du Sud, c´est le Far West. Mais étonnament, on voit peu d´accidents, ou quand on en voit, rien de grave. En ville, c´est la même chose. Traverser est une épreuve olympique. Les voitures passent tant qu´elles peuvent et, si elles sont bloquées dans un embouteillage, leur chauffeur vous fait signe de passer, comme si c´était une faveur. Sinon, soit on passe en force, à nos risques, soit on attend, parfois très longtemps...
Une autre aventure "automobile" nous est arrivée, à Copacabana, à la frontière entre le Pérou et la Bolivie. Nous sommes restés quelques jours dans cette petite ville pour soigner une grosse fin de rhume, et nous en avons profité pour assister à quelques baptêmes, avec prêtres et parents émus. Mais pas des baptêmes traditionnels de bambins de quelques jours... Non, des baptêmes d´automobiles ! En effet, chaque nouveau propriétaire de voiture vient près de l´église, décore sa voiture (images de la Vierge, banderoles colorées, chapeaux en carton sur le dessus de la voiture) et avertit le prêtre (le même que celui de l´église voisine !) que la cérémonie peut commencer. Et on vient du Pérou pour cette procession unique ! Le rituel veut donc que le prêtre marmonne d´abord quelques mots pendant que les propriétaires regardent le sol, le mains jointes, en priant. Puis, muni d´une baguette fleurie imbibée d´eau, il arrose la carrosserie, en allant toujours de droite à gauche, et en tournant autour de l´auto. Celle-ci est donc baptisée quand le prêtre en a fait le tour, mais certains propriétaires ouvrent le capot, le coffre, les portes, pour que les moindres recoins de leur progéniture de fer soit protégée par les actes du prêtre. Une fois le prêtre payé et parti, les propriétaires terminent le rituel en achetant qui de la bière, qui du champagne, et arrosent à leur tour la voiture, et en en faisant bénéficier leur voisin, et parfois même le prêtre qui s´active déjà auprès d´une autre auto. Comme quoi, la voiture, en Amérique du Sud, est l´objet de toutes les attentions !
Heureusement, notre expérience en Bolivie ne se limite pas aux transports ! À La Paz, nous sommes tombés sur une ville vraiment hospitalière, où les gens nous ont renseignés avec le sourire. Pour une grosse ville sud-américaine, quelle surprise géniale ! De manière générale, nous avons pu profiter de la jovialité des Boliviens et de leur apparent bonheur de vivre. Nous avons donc prolongé notre séjour dans la capitale bolivienne. La ville, en tant que telle, est une succession de rues pentues, pleines de marchés spécialisés (voir la photo ci-dessous des foetus de lamas). Et pour les gravir, il faut du souffle ! Plusieurs fois, nous avons dû multiplier les pauses lors de l´ascension d´une des "calles". Et, parfois, des grands-pères nous donnaient une tape dans le dos, nous voyant souffler, pour nous demander si tout allait bien ! Inutile de dire qu´après ce type d´ascension, une fois passées les Andes et revenus à une altitude plus basse, nous pourrons nous attaquer à n´importe quel trek ! Comme à Villa Tunari, par exemple. Nous nous sommes rendus dans ce village pour visiter le Parque Machia. Ce parc recueille des singes, des oiseaux de tout genre et même des pumas qui appartenaient auparavant à des particuliers ou même à des cirques. Ces animaux sont devenus domestiques et le parc leur apprend à redevenir sauvages. Et ça peut prendre du temps. La balade dans le parc dure environ trois heures, dans un environnement de jungle. Une forêt très verte, touffue, où on entend des cris de singes et des chants d´oiseaux.
La guide nous a avertis, au préalable qu´il ne fallait toucher à aucun animal. Elle nous mettait en garde contre les singes, qui viennent vers les visiteurs, leur grimpent après et leur font parfois les poches. Nous commençons donc la balade en allant dans le sentier des singes. Et, très vite, nous en entendons plein et en levant la tête, nous en voyons une multitude se balançant de branches en branches. Ce sont surtout des capucins, de tout petits singes au visage très expressif. Nous nous arrêtons pour les regarder, et, à un moment, nous en apercevons un qui boit à un ruisseau par dessus lequel nous passons. Par jeu, j´imite (Guillaume) le cri du singe, et le capucin s´arrête de boire, retourne sa tête, me regarde, monte sur le petit pont sur lequel nous nous tenons... et commence à saisir ma jambe droite et me grimpe dessus !
Je le laisse faire, et rapidement, le voici sur ma tête, à ma grande joie car le petit mammifère a l´air doux et affectueux. Il passe du dessus de mon crâne à mon cou pendant que nous continuons la balade. À un moment, il saisit des feuilles dans un arbre et, pour rigoler, j´ouvre la bouche faisant mine que j´ai faim.... et le singe me fourre la verdure dans la bouche, comme si j´étais son petit ! Il s´est vraiment pris d´affection pour moi ! Peu après, nous croisons une famille bolivienne dont une des filles porte un petit bracelet coloré qu´elle tend au capucin. Le petit animal s´en saisit et se met à l´inspecter, à le mettre dans sa bouche, tout en restant perché sur moi. Car il ne veut plus partir, même quand j´essaie de lui montrer un arbre ou que Julie essaie de s´en saisir. Il s´accroche avec sa queue à mon cou et afin d´être certain de ne pas tomber... Impatient de le voir s´en aller et surtout incapable de m´en déssaisir, nous allons à la rencontre de deux gardiens. Nous leur expliquons que le capucin est devenu pour le moins collant et que nous souhaitons qu´il descende. Les deux hommes s´affairent à essayer de l´ôter de mon cou, mais rien y fait. Ils tirent, feignent, mais rien. Le capucin reste accroché à mon cou. Et, soudainement, je vois Julie qui rit et me crie : "Il est en train de te faire pipi dessus !"... et au bout de quelques secondes, je sens un jet chaud dans mon cou puis le long de mon dos... Le capucin a marqué son territoire... mais ne souhaite vraiment pas descendre. Les deux gardiens, tout sourire, nous indiquent d´aller voir un troisième gardien, qui saura sans doute m´aider... Nous filons le voir et celui-ci, ni une ni deux, lui montre son bras, et mon compagnon s´en va, la vessie vide, me laissant avec une sensation de chaud dans le dos...
Nous pouvons donc continuer la balade jusqu´au sommet du parc qui surplombe la vallée et la ville de Villa Tunari. En route pour Santa Cruz !

vendredi 30 juillet 2010

Aventures sur les bords du lac Titicaca

Après Cuzco la trop touristique, notre arrivée à Puno, sur les bords du lac Titicaca, nous a semblé un vrai bonheur d´authenticité. Mais pour commencer, un petit aparté sur la musique dans les transports en commun et dans la vie de tous les jours...

Nous avons pris de nombreux bus de nuit, des colectivos et des taxis, et la musique y est omniprésente. Mais la musique, au Pérou, c´est la musique qui vient du "corazon", qui parle de l´"amor" de la "cariño", qui évoque la difficulté d´être "tan lejos de ti" sans quoi "no sé que siñifica vivir"... Au bout de deux heures, on maîtrise le vocabulaire sentimental et on trouve la déclaration d´amour de Roméo à Juliette bien fade... De nombreuses radios se sont lancées dans le créneau du romantisme, mais quand on est hot, on écoute... Radio Ritmo Romántica - Tu Radio de Baladas. C´est le must pour qui veut connaître les derniers morceaux à la mode, pour qui veut se préparer au karaoké ou pour qui souhaite rédiger sa déclaration d´amour. Nous nous sommes même surpris, parfois, à fredonner un morceau qui passait pour la quatrième fois en une heure... Ce qui nous a le plus étonné, c´est le supra-romantisme des Péruviens dans la musique. Un romantisme démesuré, vu que 99% des chansons que nous avons entendues dans la rue, dans les restaurants, à la TV comprenait au moins un de ces mots ou une de ces expressions (mais géneralement tous dans la même phrase) : "corazon", "amor", "sin ti", "¿solo como vivir?"... Bref, un clic sur le site de Radio Ritmo Romántica, et vous vivrez au rythme musical de notre voyage...
Au premier coup d´oeil, nous avons beaucoup aimé Puno. Une ville plus petite que Cuzco, située à 3800 mètres d´altitude, sur les bords du mythique lac Titicaca. Le tourisme y est moins développé, et on y parle espagnol mais aussi quetchua et d´autres langues pré-espagnoles. On est loin de l´anglais, langue officielle de Cuzco. La ville en tant que telle, n´a rien d´ancestral à offrir, mais elle est simple et reposante. Alors ça nous a fait du bien après la course de la semaine dernière, entre le Machu Picchu et la vallée sacrée des Incas.
Notre premier souhait, ici, était d´aller visiter les îles du lac. Trois d´entre elles sont visitables facilement : Uros, Amantani et Taquile. Et, clou de la visite, on peut dormir chez une famille à Amantani, dans des conditions, selon les guides, mémorables ! En outre, nous avions vu un reportage de Bruno Blanchet sur les îles artificielles d´Uros puis à Amantani (avec les familles), qui nous avait donné envie. Alors on s´est dits qu´on y allait... Nous avons donc réservé 2 billets pour 2 jours sur les îles du lac. Mais, comme nous ne partions que 2 jours plus tard, nous avons décidé d´aller faire un tour sur la lagune de Sillustani, à une heure de Puno.
Sillustani, c´est la pampa, comme dans un film de Sergio Leone... De très vastes étendues plates d´herbes rases et crâmées par le soleil, des lamas et quelques vaches et moutons, des maisons en terre et une vaste lagune. Le tout, sous un soleil bleu azur, c´est fabuleux. Ça a des allures d´Irlande et notre guide, le flamboyant Léo nous en a offert la balade. Visite de ruines incas, de tombes ancestrales, et Léo qui nous contait passionnément l´histoire de ses ancêtres quetchuas et de ses rites. La visite nous obligeait à monter en haut d´une colline perdue au milieu d´une plaine silencieuse. D´un bord, la pampa, et de l´autre la lagune et ses îles surprenantes. Quand nous sommes arrivés au bord de cette lagune, nous en avons été pour un autre "¡Hola cinco!" tant nous étions séduits par ce paysage. Près de trois heures de marche et le soleil a commencé à se coucher. Et quand le soleil se couche, il fait très vite froid ! Nous avons donc continué, vêtus de nos tuques, écharpe et mitaines et Léo nous a emmené visiter une famille qui produisait, comme tant dans le coin, une des 300 variétés de patates péruviennes, du fromage et de l´artisanat "lamanesque" (vêtements en alpaca, poupées en laine de lamas, etc.). Et donc, nous avons revu des lamas de toutes les couleurs et de tous les âges, que nous avons pu manipuler à notre guise. Sillustani nous mettait donc en appétit pour le lendemain...



Dimanche 25 juillet au matin, un bus est venu nous chercher à notre hôtel. Direction le port de Puno et notre premier contact physique avec le lac Titicaca. Nous sommes une quinzaine de touristes à tenter l´aventure de l´immersion insulaire. Et notre guide, pour ces 2 jours n´est autre que... Léo ! "¡Hola cinco!". Notre bateau nous emmène tout d´abord pour les îles artificielles d´Uros. Articifielles, car elles sont construites depuis des siècles par leurs habitants. Ils les font grâce à un savant montage de tourbe, de roseaux et de cordes, qui permet à cet assemblage de flotter et de supporter 3 ou 4 familles dessus. Les îles mesurent près de 60 mètres de long sur une vingtaine de large, et les familles y vivent. Un coin du lac Titicaca, au large de Puno, est occupé par ces nombreuses îles. Léo nous explique leur origine, nous montre comment l´artisanat local s´est développé et nous présente certains de ses habitants. Chacune a un chef, et les îles ont un "alcalde", un maire. Il y a une école publique, une privée, un dispensaire médical... et tout pour satisfaire la curiosité des touristes. Car oui, les îles d´Uros subsistent grâce aux touristes. Elles bénéficient d´un statut fiscal particulier, puisqu´elles ne paient pas d´impôts... mais en échange, le gouvernement ne paie rien pour eux. Et comme elles ont besoin de sous, ce sont les touristes qui sont là pour garnir les portefeuilles. Ainsi, en échange d´une petite propina de quelques soles, une famille nous fait visiter sa minuscule maison de bambou, nous explique comment elle y vit, et nous incite à lui acheter un souvenir. Ensuite, le tour de bâteau, en bambou, "offert" par le village s´avère finalement payant... Les îles flottantes sont surprenantes, mais très touristiques (le flot de touristes ne cesse jamais !)... Oups, ça prenait des allures détestables, mais nous quittons vite pour 3 heures de bâteau en direction d´Amantani, où notre famille d´accueil nous attend. Et là, le show peut commencer...
Peu avant midi, nous arrivons donc à Amantani. Nous débarquons et des femmes nous attendent. Ces "mamas", comme nous les présente Léo, sont nos hôtes. Elles sont toutes vêtues d´un habit traditionnel de l´île (foulard noir, haut multicolore, jupe foncée) et nous attendent. Tour à tour, Léo attribue une mama à des groupes de 2 à 3 touristes. Pour nous, ce sera Cynthia (ça ne fait pas très quetchua comme nom, mais bon, elle s´appelle comme ça... et sa mère, on a crû comprendre qu´elle s´appelait... Fabienne !). Léo nous a donné un papier sur lequel il a écrit quelques mots quetchuas que nous pourrons dire à nos familles. Nous bredouillons donc un "Allin Punchay" ("Bonjour") à Cynthia, puis "Nukaj sutiymin Julie y Guillaume" pour montrer que nous avons appris notre leçon de quetchua. Elle nous répond en espagnol... Ouf ! Donc nous parlerons espagnol avec elle.
Rendus devant chez elle, après l´ascension d´un chemin en cailloux, nous découvrons une petite cour en terre, avec quelques portes autour. À gauche, la cuisine où l´on mange aussi, à droite, les toilettes, sans eau, mais avec des toilettes (nous n´avons jamais compris pourquoi les toilettes avaient une chasse d´eau, vu qu´elle ne peut pas servir et que pour vider les toilettes, il faut vider un seau d´eau dans le trou... Quant à l´évier, l´eau ne coule jamais de son robinet... Clou du spectacle, il y avait aussi une douche... mais bon, inutile de compter sur l´eau froide, encore moins sur la chaude !) et en haut, notre chambre. Nous empruntons donc un escalier archi-raide en bois, qui ne tient que par un clou et qui branle à chacun de nos pas et qui donne sur quelques planches de bois qui font office de patio. La première porte à gauche, c´est notre porte. La porte fait... 1 m 50 de haut environ et nous risquons de nous y fracasser la tête à chaque passage. Nous déposons nos affaires sur un des trois lits simples (et qui sont l´unique composition de la chambre...) et redescendons dans la cuisine par l´escalier de la mort... En bas, nous entrons dans la cuisine (la porte fait aussi 1 m 50 de haut...). Celle-ci est une pièce en terre, au sol, avec une table, des bancs en bois recouverts de draps qui n´ont jamais été lavés. Deux petites fenêtres offrent de la lumière mais pour les ouvrir, il faut enlever ce qu´il y a devant : un tube de dentifrice (la brosse à den qui va avec est sous le banc, par terre, dans la terre...), une boîte de fer et d´autres objets non identifiés. Sur le sol, mange un agnelet domestiqué du nom de Pancho, et Fabienne est au fond de la pièce, s´activant à mettre des herbes sèches dans le foyer pour faire chauffer notre repas. Cynthia mange dans un autre coin de la cuisine, la tête plongée dans son bol de soupe. Comme nous l´avait indiqué le guide, nous remettons notre cadeau à notre famille d´accueil (un paquet de sucre, un autre de riz et un paquet de bonbons, au cas où il y aurait eu un enfant, mais c´est louppé, il n´y en a pas... Cynthia et sa maman pourront en profiter). Nous demandons si nous pouvons aider et Fabienne nous répond, mais en quechua. En fait, elle parle principalement cette langue, incompréhensible pour nous, malgré la feuille que nous a offerte Léo avec quelques mots et malgré notre bonne volonté. Sa fille se retourne et nous tend 2 assiettes et des ustensiles. Nous comprenons donc que nous mangerons seuls... Alors nous mettons la table et quelques minutes après, Cynthia nous sert une soupe au kinoa (nous connaissons bien, nous en mangeons très souvent dans les cantines des villes où nous séjournons). Nous commençons à manger le breuvage et c´est... vraiment très bon ! Nous invitons Fabienne à venir manger à notre table (elle mangeait la tête dans le foyer) et elle se joint à nous, mais les sujets de conversation sont peu nombreux, vu qu´elle parle à peine espagnol et que nos univers de vie sont au moins aux antipodes... Cynthia traduit et nous apprenons donc que Pancho boit du lait, que Cynthia va à l´école et que le mari est parti vivre à Lima avec une autre... Après la soupe, Cynthia nous sert une montagne de patates avec un morceau de fromage. Là encore c´est super bon, mais un peu sec (les patates sont cuites, mais ni salées et il n´y a pas de matière grasse...) Et en guise de dessert, nous auons droit à une tisane de muña, une sorte de menthe... Petit détail important que Léo nous avait donné : à Amantani, toutes les familles sont végétariennes. Pas de viande, pas de poisson... Pas de poisson alors que nous sommes sur une île... En fait, c´est une tradition, mais surtout le lac a tellement été pollué que beaucoup de poissons sont morts et qu´il a fallu importer des truites du Canada pour le repeupler !
Après ce bon repas, notre "mama" nous conduit au terrain de football de l´île. Il est environ 15 heures et nous devons faire l´ascension de la montagne Pachamama (4200 mètres, soit 200 mètres de dénivelé) pour assister au coucher de soleil. En attendant les autres membres de groupes et leurs mamas, je joue au foot avec 3 jeunes du village... Après avoir touché 4 fois le ballon, je décrète que la mi-temps est sifflée... Jouer si haut, c´est assez épuisant ! Une fois les autres arrivés, nous commençons notre ascension. Derrière nous, le lac, de plus en plus immense au fur et à mesure que nous montons. Derrière lui, nous percevons des sommets enneigés et la Bolivie. C´est splendide, mais rien comparé à ce qui nous attend.
Notre groupe se réduit au fur et à mesure que nous grimpons. Nos pauses se font de plus en plus nombreuses. Vers 17h30, nous arrivons au sommet. Devent et derrière nous, le lac, et des îles et des montagnes. Et le soleil, de plus en plus rouge. Au sommet de la montagne, la langue à terre, nous assistons, devant nous, au plus beau des couchers de soleil... et derrière nous, au plus beau des levers de pleine lune ! Une grosse lune, bien joufflue ! Nous ne savons où regarder... Le soleil se couche, orange puis rouge, puis disparaît et à la seconde de son coucher, il fait très froid ! Nous mettons notre panoplie andine et nous tournons vers la lune. Léo, qui nous a guidés, siffle la fin de la sortie et nous incite à vite redescendre, car il va vite faire nuit. Alors nous revenons sur nos pas, la lune en face de nous, une grosse lune qui se reflète dans le lac. Wow ! Quel spectacle ! Avec nos mains gantées, nous revoilà à faire un "¡Hola cinco!".


Notre mama nous attend en bas, au terrain de foot. Nous rentrons donc à la maison pour le souper. Il est 18h30 et selon Léo, à 19h, nous devons manger. Cynthia nous a demandé d´attendre dans notre chambre. Nous attendons. Et il fait très froid (car il n´y a pas de chauffage). Nous décidonc d´attendre sous les couvertures. À 19h, personne n´est venu nous chercher et nos kinoa et patates sont digérées depuis belle lurette... Nous trépignons, faisons du bruit pour être sûrs de ne pas être oubliés. En bas, dans la cuisine, aucun bruit !... Le temps est long surtout qu´à 20h, nous sommes attendus pour une grande fiesta organisée en notre honneur, avec habits traditionnels de rigueur. Et il est hors de question de louper cet événement !
Après une attente qui nous semble interminable, Cynthia vient nous chercher. Nous sommes transis de froid sous les couvertures, mais rassurés de ne pas avoir été oubliés... Dans la cuisine, nous mangeons tout emmitouflés, à la lueur d´un néon blafard au plafond. Fabienne nous a préparé une autre soupe, de patates, cette fois, avec du riz et des patates comme plat de résistance. Le dessert est le même qu´à midi, soit une tisane de menthe. Mais vu la température pôlaire, nous l´acceptons volontiers. Nous n´avons même pas le loisir d´inviter nos hôtes à notre table, ils ont quitté la cuisine... Nous quittons donc la table et Cynthia vient nous voir, dans la noirceur de la cour, pour nous donner nos vêtements de bal...
Dans notre chambre, elle couche sur le lit le pancho et la tuque typique andine (pour les hombres) et une jupe jaune, une autre rouge, une blouse avec des motifs et une ceinture multicolore (pour les señoras)... Une fois le tout mis, Cynthia nous escorte vers la salle des fêtes d´Amantani... Nous reprenons donc le chemin de dehors et il fait froid. Après 5 grosses minutes de marche, nous y voici... Les locaux sont là et les touristes ! Car le bal est fait pour les gringos. Un orchestre traditionnel nous attend pour jouer les airs les plus populaires du lac Titicaca (mais comme ils ne passent pas sur Radio Ritmo Romántica, on ne peut pas les fredonner...). Nous voici donc dans la salle. Toutes les mamas ont accompagné leurs hôtes et quand l´orchestre se met à jouer, c´est le délire total... Les mamas accourent vers leurs gringos pour commencer la danse... Le pas est très basique (pas plus de 2 temps, on balance les bras de gauche à droite, de droite à gauche, d´avant en arrière et d´arrière en avant, et on peut parfois varier la chorégraphie, en faisant tourner la partenaire...) et surtout très répétitif... Le dernier morceau a duré environ 15 minutes, et chaque fois que nous pensions que c´étaot fini, que le refrain entonnait la fin du morceau... ça recommençait ! En tout, le bal a duré 1h30. Ce fut épuisant pour les bras, et très frustrant. En effet, à chaque fois que Cynthia est venu danser soit avec moi (Guillaume) soit avec nous, elle ne nous a jamais regardés ! Pis encore, dès que le morceau s´achevait, elle filait ricaner avec ses amies mamas... Mais bon, au moins, cela nous aura réchauffé, nous aurons paradé en habits traditionnels, et dansé comme le faisaient les insulaires il y a déjà bien longtemps.



Après ces efforts, mama Cynthia nous ramena à la maison et nous fait un "Buenas noches" expéditif avant de diparaître dans ses quartiers. Nous remontons donc nos escaliers raides et, une fois dans la chambre, mettons notre pyjama le plus chaud, vu qu´il doit faire un bon 10 degrés dans la chambre. Heureusement qu´il y a 3 couches de couvertures.
Le lendemain, comme notre bateau quitte l´île vers 7h30, nous sommes conviés pour le desayuno vers les 7 heures. Nous nous attendons à manger une troisième soupe en autant de repas chez nos hôtes, mais Cynthia et sa mère nous ont préparé 2 grosses crêpes vraiment bonnes (avec la même tisane qu´aux deux repas précédents...). Nous ne pouvons leur parler vu que toutes les 2, une fois nos assiettes servies, ont quitté la maison pour ramasser des patates dans le jardin. Alors nous mangeons seuls puis allons nous laver dans les mini-toilettes, avec de l´eau glaciale. Sur les coups de 7h30, nous disons au revoir à Pancho et à Fabienne, puis Cynthia nous ramène au port. Notre groupe nous attend, avec la même aventure à raconter...
Pour nous, c´est sur cette épopée familiale que s´achève le Pérou. 4 semaines pleines de couleurs et de souvenirs. Maintenant, en route vers la Bolivie !

vendredi 23 juillet 2010

Le Machu Picchu, mieux que sur les cartes postales

En quittant Arequipa, Cuzco nous attendait, pleine de promesses. Une ville à l´architecture coloniale bien conservée avec ses rues étroites pavées de pierres inégales, ses toits en tuiles ocres qui s´étalent sous forme de cascades, ses dénivelés imposants, ses marches interminables, ses murs en pierres, ses arches, ses balcons en bois et le tout entouré de montagnes brunes à donner le vertige (3400 m d´altitude). Pourtant, Cuzco nous a semblé, malgré ce lieu enchanteur, artificielle et déshumanisée, gangrenée par le tourisme de masse. Il y a plus de touristes au mètre carré que d´habitants de la ville, les habitants que nous avons rencontrés ont perdu leur fraîcheur, leur gentillesse et leur humilité qui les caractérisent tant, selon les guides. Ils sont blasés et nous abordent directement en anglais et semblent impolis quand une réponse ne leur convient pas. La ville est très chère pour la qualité de ce qu´elle a à offrir. Les hôtels que nous avons vus sont mal entretenus à moins de payer un prix exhorbitant. De plus, parce qu´il y a autre chose de négatif à en dire, toutes les combines sont bonnes pour arnaquer le touriste, l´apâter en lui promettant mers et mondes même si ce dernier sera amèrement déçu après le service reçu. Tout est prétexte à être "Inca", sur place : le cocktail des Incas, les pâtes des Incas, l´hôtel des Incas, etc. Si les Incas sont la fierté des Péruviens, ils sont aussi devenus, malgré eux, un objet de tourisme, un label qui ne veut plus vraiment dire quelque chose tant il est utilisé à toutes les sauces. En quelques mots, disons que Cuzco est un passage obligé pour qui veut visiter le Machu Picchu, mais que n´y rester que 2 jours est bien suffisant.


Avant de se rendre au Machu Picchu, une autre étape s´impose, Aguas Calientes ! Si les habitants de Cuzco nous ont semblé ternes, déshumanisés, ce n´est rien en comparaison avec ceux d´Aguas Calientes. Ville qui a son charme par son evironnement préviligié : de hautes montagnes couvertes de verdures, village traversé par une rivière sinueuse nichée au sein d´une vallée ceinturée d´eaux chaudes et qui vit au rythme du passage du train. Par contre, son urbanisme fait peur : constructions démesurées, néons à profusion, et très rabatteur dans son approche. Rien qui ne laisse croire au pueblo tranquille perdu au milieu des montagnes. Les prix sont de trois à quatre fois ceux de Cuzco (les touristes se sentent immédiatement pris au piège, puisqu´aucune alternative n´existe) et ils ont tendance à augmenter selon la volonté des commerçants. Les prix augmentent à la tombée de la nuit et aucun prix n´est affiché dans les épiceries ou les dépanneurs, ce qui laisse le soin au commis de le modifier en toute quiétude. Si le premier épicier vous a semblé cher, ce n´est rien en comparaison au deuxième et au troisième ! Mais oui, il y a moyen de s´en sortir pour pas trop cher. Il suffit d´aller à l´épicier du coin et de tout acheter pour faire un sandwich à la condition de ne pas s´attarder à confectionner son sandwich en plein milieu de la rue. Pour donner un côté "authentique" que les touristes recherchent, dans chaque restaurant, débarque un groupe de mariachis en habits traditionnels, qui joue tour à tour les morceaux du folklore péruvien... et qui vous envoie pêtre si vous ne lui donnez pas une pièce après sa représentation...




Mais bon, nous allions à Cuzco et à Aguas Calientes pour le Machu Picchu. Et nous en avons eu pour nos "soles" car le site est absolument génial, démesurément beau... Quand on se retrouve en haut, à 2500 mètres, face au site, quand on voit, de nos yeux ce qu´on voit d´habitude sur les cartes postales, on est estomaqués. Et nous avons eu de la chance, car quand nous y sommes allés, nous n´avons vu aucun nuage. Juste le soleil qui tape fort, très fort, même. Les jours précédents, il avait fait maussade et même plu. Nous nous sommes donc levés à 4 heures du matin, afin d´être parmi les premiers à visiter le site. Les premiers bus quittent Aguas Calientes à 5h30 et arrivent au Machu Picchu un quart d´heure plus tard. Nous étions dans la ligne d´attente des bus à 4h45... et la file était déjà très, très longue. De notre chambre, nous avions vu des lumières, dehors : les lampes frontales de ceux qui montent la route menant au Machu Picchu à pied pour arriver avant tout le monde et avoir une des quatre cents places quotidiennes distribuées pour monter le Waynu Picchu, un autre site qui surplombent le Machu Picchu. Comme nous avons pris le bus, nous n´avons pu avoir ce billet, nous sommes arrivés trop tard. Mais qu´importe, le Machu Picchu vaut tous les réveils matinaux du monde...



Une fois les nombreuses files d´attente passées, nous étions sur le site. Avec Gayla et Jack, deux Canadiens rencontrés la veille, nous avons donc choisi de gravir la Puerta del sol. Une grosse heure de trek pour arriver au point le plus élevé du site. Pendant notre ascension, le soleil se levait. Quel spectacle ! Le contraste entre les ombres et la lumière dans les montagnes et sur le Machu... Et nous voyions le site du Machu Picchu de plus en plus petit à mesure que nous grimpons, mais c´est là qu´on est restés stupéfaits par l´environnement. Le Machu Picchu est entouré de jungle verte, et au loin, des monts enneigées et des sommets perdus parmi d´autres sommets. En tant que tel, le Machu Picchu est superbement conservé, mais c´est surtout le cadre géographique qui lui donne toute sa splendeur.







Durant notre montée vers la Puerta del sol, nous croisons de petits groupes de randonneurs qui descendent vers le Machu Picchu. Ce sont ceux qui ont fait l´Inka Trail, le chemin des Incas, menant de Cuzco au Machu Picchu. 3 ou 4 jours de randonnée, et des mollets bien fermes au final. On se salue tous à chaque fois et tout le monde a conscience que, devant soi, c´est le Machu Picchu qui se découvre. Une fois en haut, nous le contemplons et après une pause bien méritée, nous revenons sur nos pas pour visiter la ville (1800 personnes vivaient à cet endroit avant la conquête espagnole). Notre guide nous attend et nous fait visiter la ville pendant 2h30. On croise des lamas, des perroquets... et beaucoup de touristes. On visite donc des maisons, des temples, des amphithéâtres, des jardins. La visite est fascinante et le soleil de plomb, ce qui me (Julie) vaudra des coups de soleil à la hauteur de ce qu´offre le Machu Picchu. Nous terminons par 3 heures de visite libre (avec, entre autres, le petit pont des Incas, fait de rondins de bois, que l´on peut voir après une marche le long d´un précipice vertigineux) et chaque fois que nous regardons le Machu Picchu, nous nous disons que vraiment, c´est extraordinaire, et qu´on y est ! "¡Hola cinco!"*







Le lendemain, nous avons passé la journée à suivre les traces de la vallée sacrée des Incas (Pisac, Urubamba, Chinchero et Ollantayambo). Comme pour Cuzco, le tourisme a pris le dessus sur l´authenticité des sites. Le marché de Pisac se trouve là où les bus touristiques s´arrêtent, mais les ruines valent le coup si on parvient à se glisser entre les touristes. Quant aux ruines d´Ollantayambo, toutes en hauteur, elles aussi sont belles, et le panorama vaut le détour, mais les bus de touristes sont bien trop nombreux. Le Machu Picchu a réalisé que le tourisme pourrait nuire à la conservation de son site et a donc décidé de limiter le nombre de touristes qui viennent chaque jour. Les autres sites pourraient sans doute en faire de même.

Nous quittons donc la région de Cuzco avec les images du Machu Picchu en tête. Elles valent mieux que les déceptions de Cuzco et d´Aguas Calientes. Nous continuons notre route vers la Bolivie, en passant par Puno et le mythique lac Titicaca.

* Traduction libre d´un "High five" espagnol...